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John Truby est considéré comme l’une des figures les plus importantes du milieu scénaristique américain. Ayant travaillé  à ce jour sur plus de 1 000 films, sitcoms ou téléfilms, il est Script Doctor et Consultant pour les plus grands studios tels Disney Studios, Fox, HBO, Sony Pictures…

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Le scénariste revient à Paris du 4 au 6 février 2009 pour une
Master Class de trois jours, lors de laquelle il abordera les méthodes et les techniques de la dramaturgie à travers différents thèmes :
– Le mythe de la structure en trois actes
– Le développement moral et émotionnel du personnage
– L’importance des genres
– Le principe des dialogues symphoniques
– Le tissage de la scène
– Les clés de la série TV
– …
Ce séminaire de haut niveau (qui bénéficie d’une traduction simultanée professionnelle) s’adresse à toutes personnes en rapport de près et de loin avec l’écriture. Il se déroulera à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV), au Centre Universitaire Malesherbes, 108 bd Malesherbes à Paris.

 

Pour toutes informations concernant la Master Class : 

www.masterclass-truby.fr

  

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Pour son premier long métrage, Home, Ursula Meier choisit de faire le portrait d’une famille iconoclaste dans un lieu plus qu’improbable, quasi surréaliste, depuis lequel elle nous décline les fantaisies et les partis pris de cinq personnages qui ont fait le choix de mener leur existence coûte que coûte au bord d’une autoroute …

Marthe et ses enfants Nous sommes au milieu de nulle part, le long d’une deux fois deux voies a priori désaffectée, dans une campagne délaissée et aride. Une famille a fait de cet espace son lieu de vie, allant jusqu’à transformer ce bout de bitume en aire de jeux où se disputent matchs de Hockey, longues séances de bronzage, parties de baignade sur le vif. Dans cette maison là, de l’humour, des rires, de la liberté, un sens des réalités toujours plus surprenant, une manière très personnelle et très troublante de vivre et de penser.

Marthe et Michel, couple attachant et atypique, ont trois enfants, des enfants aux caractères et aux motivations radicalement disctintes, fruit d’une éducation souple régit par l’amour, la compréhension et le respect des choix de chacun. HomeL’aînée Judith, figure du désœuvrement et de l’attente, passe ses journées en maillot de bain, allongée sur un transat fumant des cigarettes le casque audio branché sur les oreilles. A l’abri de l’émotion, elle semble attendre l’événement qui sera à même de la propulser hors de sa chaise longue. La cadette Marion, tête pensante de la famille, plongée dans une métaphysique lourde est un prototype de comportement obsessionnel. Julien, le dernier est un petit garçon intelligent, joueur, curieux.

Puis un jour, l’événement toujours redouté survient, après dix ans d’attente et à grand renfort de flashs spéciaux le tronçon E 57 ouvre pour la plus grande joie des automobilistes. La vie de la petite famille s’en trouve totalement bouleversée. Rapidement le flot de voiture s’intensifie, le bruit et l’énervement s’ensuivent. La famille résiste, car leur vie ne peut-être qu’au bord de ce champ et de cette autoroute, ils refusent de partir. Traverser l’autoroute à pied dès le matin, rapporter les courses le soir, dormir, rester chez soi, vivre tout simplement devient synonyme de lutte au quotidien. Traversée de l'autoroute

Névrose et enfermement

Asphyxiée par le CO², recluse, barricadée, la famille se replie sur cet espace qu’elle veut de plus en plus clos, à l’abri des regards et du monde, luttant pour préserver ce lieu de vie qui menace de totalement lui échapper. La famille organise sa liberté, comme dans un bastion, mais cette dernière à un coût, et la démence n’est plus très loin.

Drôle, hors norme, loufoque, le film de Meier parle de névrose, d’obsession, de la difficulté de rester ce que l’on a choisi d’être, de liberté aussi. L’asphyxie est un thème clef, que l’on retrouve de part et d’autre des mondes qui se dessinent. Dans une interview donnée à propos de son film Meier nous raconte la genèse de cette histoire : « en voiture, j’ai vu des maisons juste au bord de l’autoroute et je me suis dit qu’il serait intéressant d’inverser le regard. En fait, c’est un road movie à l’envers ».

Conçu comme une fable contemporaine, entre humour décalé et folie douce, Home est décidément un film surprenant et très personnel, qui mêle les genres, les tons, les points de vues ; et qui devient au-delà des apparences une véritable bouffée d’air frais au cinéma.

Home, un film de Ursula Meier, avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet. Genre : Drame – Durée : 1H37 mn Distributeur : Diaphana, Sortie en salles le 29 Octobre 2008, Année de production : 2007

Affiche

Voilà plus de trente ans que la chorégraphe Pina Bausch et sa compagnie, le Tanztheater de Wuppertal, jouent à guichets fermés, sa dernière création ne fera que confirmer la réputation que s’est construite Pina Bausch auprès du public, années après années.  

Pour son 27ème passage au théâtre de la ville, Pina Bausch, présente Sweet Mambo jusqu’au 30 janvier prochain. Erotisme, sensualité, humour et vitalité sont au programme de ce spectacle en deux parties. Sweet Mambo, se danse, se vit, se regarde avec passion autour d’une troupe resserrée de neufs interprètes dont six danseuses et trois danseurs dont les corps et les personnalités, se cherchent, s’approchent, se confrontent encore. Des femmes belles, longilignes, admirables, sylphides enivrantes, sirènes de la scène qui se débattent, s’éprouvent, s’adressent à nous aussi. Pina Bausch continue de fouiller les contours de la condition féminine. Mi mondaines, mi sauvages, ces danseuses comédiennes mènent la danse, autour de soliloques discontinus à la poursuite de leurs gestes, de leurs êtres peut-être. Face à elle, des personnages masculins, pas si effacés qui mènent à leur façon un jeu de séduction, distant mais convaincu.  Sweet Mambo

Le décor, épuré, construit autour de voiles blancs permet à la chorégraphe d’imaginer des situations esthétiquement captivantes, où les bras et les corps se mêlent aux voilages soufflés qui s’enroulent et se déroulent sur scène. Les rondes des robes des danseuses, divines elles aussi, nous emportent dans des variations colorés de mouvements satinés et électriques. Création 2008

 

Depuis la composition des morceaux intimistes de Portishead ou encore de Lisa Ekdahl, on retrouve les passions et les obsessions de Pina Bausch, les motifs, répétitifs, la vigueur des rapports humains, des relations hommes-femmes, la passion, le désir, mais aussi la cruauté et la solitude.

 

La vie c’est comme le vélo quand on ne roule pas on tombe, nous racontent les danseuses. Alors roulons nous se dit-on. Des roues, des tours, des hommes qui font tourner des femmes, des femmes qui font la roue de part et d’autre des villes du monde, des prêtresses qui s’agitent et se pavanent, des rapports de séduction encore et toujours…

Ne nous oubliez pas, nous disent tour à tour les danseurs, en nous déclinant leur identité, leur désir de danse et d’effervescence, c’est entendu, nous ne les oublierons pas, et nous nous retournerons depuis nos deux roues, en danseuses même, qui sais ?

 

 Mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch.

Danseurs : Regina Advento, Andrey Berezin, Daphnis Kokkinos, Nazareth Panadero, Helena Pikon, Julie Shanahan, Julie Anne Stanzak, Michael Strecker, Alda Vainieri.

Théâtre de la ville

Jusqu’au 30 janvier 2009

www.theatredelaville-paris.com/ 

 

 Pina Bausch

 

 

 

 

 

N.B : Avis au amateurs et autres passionnés de danse et des chorégraphies de Pina Bausch, toutes les représentations affichent complet… Pour les plus téméraires d’entres vous, des places sur e-bay ou encore le soir avant la représentation pourraient peut-être encore se monnayer…

 

Emilie Breysse

Picasso et les maîtres ou l’histoire de la peinture occidentale par le grand maître de l’art pictural du siècle dernier. Voilà ce que l’on peut découvrir le long de cette formidable exposition qu’abrite jusqu’au 2 février prochain les galeries nationales du Grand Palais. Une dizaine de salles exposant plus de 200 œuvres issues des collections les plus prestigieuses, françaises et étrangères, publiques et privées. Ces toiles présentées de manière très dense, par thématiques, suivent peu ou prou les périodes et les passions de Picasso.

De Cranach l’ancien aux impressionnistes, en passant par les grands peintres espagnols, El Greco, Goya, Velázquez, mais aussi Rembrandt, Cézanne, Courbet, Van Gogh, la liste est longue, l’exposition aussi.

« Je peins contre les tableaux qui comptent pour moi, mais aussi avec ce qui manque à ce musée là (le musée imaginaire). C’est tout aussi important, il faut faire ce qui n’est pas, ce qui n’a jamais été fait. ». Voilà le postulat de base de Picasso, c’est dit, c’est fait.

Parce qu’il ne sera pas question ici de passer au crible toute l’exposition qui lui est consacrée, je me contenterais d’attirer votre attention sur quelques tableaux, leur place dans la quête picturale de Picasso et leur dimension dans la biographie de ce dernier.

 

La période bleu, El Greco, l’enterrement de Casagemas.

 

« Si mes personnages de l’époque bleue s’étiraient, c’est probablement à l’influence du Gréco qu’ils le doivent », nous dit Picasso.

Pablo Picasso, L'enterrement de Casagemas, 1901L’enterrement de Casagemas est une interprétation libre de L’enterrement du comte d’Orgaz, un tableau exécuté par Le Gréco en 1586 pour la décoration de la chapelle funéraire de l’église Santo Tomé à Tolède, que Picasso découvrit au cours Le Greco, L’enterrement du comte d’Orgaz, 1586d’une visite scolaire. Peint en 1901, L’enterrement de Casagemas, est dédié, à son ami, Casagemas qui s’était suicidé dans son atelier parisien pour une femme, un modèle, Germaine Gargallo, dont il ne parvenait à se faire aimer. Il tentera d’assassiner cette dernière au Café de la Rotonde, en février 1901, puis retournera l’arme contre lui. Germaine esquivera la balle qui lui était destinée tandis que Carlos succombera. Picasso confiera plus tard au critique d’art Pierre Daix « C’est en pensant à Casagemas que je me mis à peindre en bleu ». A l’opposé de la représentation traditionnelle de l’élévation christique accompagnée d’anges, Carlos Casagemas est représenté en compagnie de deux femmes nues, d’une mère et de deux enfants jouant. Trois prostituées symbolisées par de longs bas colorés, semblent accompagner le mort en sa dernière demeure, l’érotisme et l’humour se substituent au tragique et à l’austérité. Au-delà, de la séparation entre monde terrestre et monde céleste, Picasso préfère la sensualité à la solennité.

 

Les Ménines d’après Velázquez.

 

Aucune œuvre n’aura semble-t-il autant occupé Picasso, que le tableau « Las Meninas », l’œuvre célèbre peinte en 1656 par l’Espagnol Diego Velázquez. Diego Velasquez, Las Meninas, vers 1656-1657

Picasso a plus de 75 ans, lorsqu’il entreprend, entre le 17 août et le 30 décembre 1957, une série de 58 peintures à l’huile de formats très divers se référant toutes au tableau  L’exposition permettra d’apprécier plusieurs dessins et toiles réalisés à ce propos par Picasso. Le tableau de Velázquez se consacre entièrement à décrire les relations sociales de la cour. Des clairs-obscurs harmonisés et des dégradés de couleurs tonales viennent étayer le sujet et le message. En cela, Velázquez se montre, comme le déclarera Picasso, lui-même, le «vrai peintre de la réalité». La réalité de la vie du peintre de cour qu’est Velázquez est formulée clairement. Celle-ci était régie par une hiérarchie rigoureuse, ce que la composition exprime: l’artiste est relégué sur les bords. Pendant son travail, ce dernier s’adresse aux personnes qui constituent le centre de la vie de cour, le roi et le reine. Cette réalité se manifeste peut-être le plus clairement dans la personne de l’infante qui, selon l’étiquette, vient immédiatement après le couple royal : elle aussi dirige son regard vers le roi et la reine qui se réfléchissent dans le miroir du fond.

 

Les Ménines d'après Vélasquez, Pablo Picasso (1957)Dans les variations réalisées par Picasso, deux opérations picturales éclairent la transformation qui a eu lieu. L’artiste a changé de format,  la personne et la position du Peintre dans le tableau s’en trouvent nettement revalorisées et la scène se présente d’une manière plus narrative. Si le peintre est encore placé sur la gauche, son chevalet et lui-même occupent désormais un bon tiers et presque toute la hauteur du tableau. Le chambellan à l’arrière-plan, les personnages d’Etat au second plan et le couple royal dans le miroir ont été peints à la hâte, selon le schéma d’une réduction infantile. Deux composantes majeures chez Velázquez, la couleur et la lumière, ont été totalement modifiées par Picasso, qui dépeint son modèle dans les déclinaisons du blanc et du gris. L’artiste est devenu maître de son monde, et de ce qu’il choisit de représenter.

 

D’autres variations, registre important de son œuvre, sont présentes au musée d’Orsay (Picasso / Manet, le déjeuner sur l’herbe) et au Louvre, selon une formule de moindre envergure (Picasso / Delacroix, Les femmes d’Alger). 

 

Le nu bien sûr …

 

« Je ne veux dire le nu. Pas faire le nu comme un nu. Je veux seulement dire seins, dire pied, dire main, ventre… Il faut trouver un moyen de faire le nu comme il est. » , nous dit Picasso, dans des propos rapportés par Hélène Parmelin.

Francisco de Goya, Maya Desnuda, 1787-1800 y Pablo Picasso, Nu couché jouant avec un chat, 1664L’exposition, présente deux nus parmi les plus fameux et les plus décriés de l’histoire de la peinture, Maya Desnuda de Francisco de Goya, peinte en 1797  et l’Olympia de Manet. Réalisé en 1863. Edouard Manet, L'Olympia, 1863

L’exposition présente deux répliques à ces tableaux, il s’agit notamment de Nu couché sur le dos, peint en 1969, et Nu couché jouant avec un chat, peint 1964. Réalisé après la suite des déjeuners sur l’herbe, le nu couché jouant avec un chat, n’est pas à proprement parlé une variation. Picasso fait siens les éléments de la toile de Manet, la servante noire et le chat,  pour les introduire dans son tableau, selon une tonalité anecdotique, qui s’oppose à la gravité quasi solennelle dont témoigne l’Olympia de Manet.

 

 Pour ce qui est des commentaires, l’audio guide pourra pallier à l’ insuffisance des explications écrites, essaimées avec parcimonie et l’absence de guide papier à l’entrée. Enfin, pour pouvoir apprécier pleinement l’exposition, il faut compter deux heures, et de la patience à l’entrée des Galeries du Grand Palais, car la fréquentation est à l’image de l’exposition très dense.

 

Picasso et les maîtres,

Galeries du Grand Palais

Tous les jours sauf le mardi

12€ / 8€

http://www.grandpalais.fr

Pablo Picasso, Yo Picasso, 1901.

Apre voire aigre, difficile, insoutenable, le dernier film de Ulrich Seidl est un de ces films qui vous assènent des vérités crues et lancinantes, sans faux-semblants, sans égards, avec art certainement, avec cruauté sans doute.

 

Un homme essaie désespérément de démarrer sa moto, une femme marche le long d’une voie ferrée enneigée, avec pour seule perspective au loin, les cheminées des usines de cette ville glaciale et glacée d’Ukraine. Olga travaille comme infirmière dans un hôpital vétuste, son salaire ne lui permet pas de vivre décemment, elle survit avec sa mère, son enfant, son frère peut-être, dans un appartement inconfortable. olga-marchant

Au même moment, en Autriche des jeunes hommes font des exercices, récompensés par des coups et des hurlements,  ils suivent une formation, pour le moins rigide et abrutissante,  en vue d’être gardien de sécurité. Des cris, des grimaces, de la sueur. Le réalisme est cinglant, tout autant que le froid qui sévit de part et d’autre de cet europe. On perçoit vite le propos du film, il sera question d’humanité peut-être, mais de cette humanité bestiale, primaire, sans beaucoup de recul sur elle-même. De celle qui pousse ces jeunes femmes Ukrainiennes à se masturber en ligne pour assouvir le plaisir d’hommes allemands, de celle qui fait que l’on ressens à l’image de ces personnages tragiques et esseulés, une indicible solitude, un ennui effroyable.

Ulrich Seidl a décidé de cultiver l’abjection, soit. Le film est une succession d’humiliations des corps, et des esprits. Il ne semble y avoir aucune rédemption possible, le constat est clair, il sonne comme une immense condamnation. Tous coupable, oui, mais de quoi ? Coupable d’une Ukraine déliquescente, moribonde, livrée à elle même, de la froideur du climat, de la jalousie de ceux et de celles qui traitent Olga avec tout le mépris, et le dédain que l’on puisse imaginer ?

 

Inexorable chute

 

Import – export est un film sur le commerce des hommes et des sentiments, un commerce froid, où l’on traîne sa vie, jusqu’à une mort absurde, dans les méandres d’un hôpital, à l’abri du regard des hommes, dans la solitude, la peur, la déchéance. Parce qu’il fallait bien, redonner un peu de sens à l’existence, de temps en autres quelques sentiments, quelques rires, quelques pleurs de joie, nous permettent de reprendre nos esprits.

Pourtant, malgré la réticence et l’horreur, il s’agit bien de prendre conscience du réalisme fétide auquel nous sommes confrontés. Import – export à de réels accents documentaires, qu’il s’agisse de cet hôpital en Ukraine, de l’agence de sexe en ligne ou du service de gériatrie autrichien, Seidl ne les a pas inventé, ils existent vraiment. De même, en ce qui concerne les deux principaux protagonistes que son Ekateryna Rak dans le rôle d’Olga et Paul Hoffmann, dans celui de Paul. Ces deux là ne sont pas des acteurs, mais deux personnes dont la vie réelle ressemble à celle du film. paul-et-son-beau-pere

 

Au-delà des frontières géographiques, Seidl questionne, retourne, expose les frontières sociales, les barrières humaines, la quête désespérée de la vie, de l’amour avec pour fin ultime celle de la mort. Les images parlent, se succèdent, implacables selon le même rythme, exposant le même scénario pessimiste. Il y a peu d’espoir vraiment, peu de répit, heureusement, il reste un peu de dignité quelque fois.

« Mon propos n’est pas uniquement de divertir le spectateur, mais aussi de le toucher, de le déranger », nous dit Ulrich Seidl. En effet, ce film ressemble à un essai à demi fictif dont la thématique principale serait la médiocrité cinglante de l’humanité, une humanité qui se cherche, qui s’achète et se vend, un monde d’une brutalité glaciale.

 

Import – export, film autrichien de Ulrich Seidl, avec Ekateryna Rak, Paul Hofmann, Michael Thomas

Genre : Drame Durée : 2h 15min. Année de production : 2007

Interdit aux moins de 16 ans

 

affiche-du-film

Comme une étoile dans la nuit est un film juste, sans fard, qui aborde la délicate question de la mort qui s’invite dans une histoire d’amour, une histoire entre deux êtres, qui ont fait de leur amour la condition de leur bonheur, de l’existence presque.

Depuis la chambre conjugale, au premier plan, deux êtres qui se dévêtissent et s’approchent du corps de l’autre. Au second plan, un tableau qui se dessine, un route qui s’allonge, comme une promesse de bonheur. Depuis le creuset de cette intimité, on lit le désir infini de l’autre, l’envie de construire ce bonheur à deux, si difficile et si beau. Anne et Marc sont deux êtres ordinaires, qui ont fait le choix de s’aimer, de se marier, d’avoir un enfant même. Il n’y a pas de place pour le doute, seul triomphe, le désir fort de vivre ensemble, pour la vie. Lorsque Marc découvre qu’il est atteint d’une maladie rare, la maladie de Hodgkin, les amants nient l’éventualité de la mort, ils ne lui feront aucune place, il n’y aura qu’une seule lutte, celle de la vie, portée, transcender même, par leur amour. Anne & Marc

 

Eloge de la vie

 

Le scénario de Féret s’inspire de l’histoire de sa nièce, dont le compagnon fut confronté,  il y a plusieurs années à la même maladie. Réalisateur et producteur indépendant, sûr de son propos et de son cinéma, il nous raconte une histoire tragique avec dignité, beauté, courage aussi. Comme une étoile dans la nuit est un film sur le corps, le corps vivant, le corps luttant, le corps, condition de vie et de mort, d’un plaisir inouï, d’une souffrance inéluctable. 

Il y a des scènes incroyablement touchantes de ces amants riants, alors que la mort les guette, des amants décidés à encenser la vie de manière totalement effronté, alors que celle-ci menace de s’éteindre.

Anne (Salomé Stevenin), solaire, impérieuse, semble avoir lancer un défi à la mort. Dans son attitude jusqueboutiste, elle s’est lancé dans un corps à corps qui ne laisse de place ni à la mélancolie, ni à l’abattement, elle est l’incarnation du combat lui même. Un combat qu’elle mène pour son amant, pour cette vie si fragile et si belle, pour nourrir, combler, oxygéner le corps de son amant en lutte. Marc (Nicolas Grimaud) se débat corps et âme pour l’amour de sa belle, pour cette histoire qui ne peut pas lui échapper. Alors que leur entourage semble totalement accablé par la nouvelle, et que les amants doivent se coltiner la fuite, la couardise, la pitié parfois, Marc et Anne ont décidé de faire face, persuadés que la force de leur amour pourra venir à bout de la maladie. Anne & Marc

 

Salomé Stévenin, rayonnante, donne à ce film grave et délicat, susceptible de sombrer à tout moment dans une forme conventionnelle de mélodrame, une énergie incroyable, qui nous tient à distance du pathos.

On pouvait craindre que la temporalité du film, et les éclipses narratives qui le ponctuent, sacrifient la crédibilité du film, il n’en est rien. Il en était de même, de cet amour d’emblée porter au nues, au risque de nous faire douter de sa véracité, nos craintes se dissiperont vite.

 

Ce film aborde jusqu’au trouble, le spectateur, dans sa manière d’aborder la mort, un tabou, une réalité si implacable, insoutenable, que l’ardeur et la conviction dont font preuve les acteurs ne pourront néanmoins pas dissimuler. Que répondre à l’imminence, puis au châtiment de la mort ?  Des sourires, des vagues et du bonheur à venir, nous dit Féret, de la joie de vivre tout simplement.

 

Comme un étoile dans la nuit

Film français de René Féret avec Salomé Stévenin, Nicolas Giraud, Jean-François Stévenin, Maryline Canto.

1 h 30

 Affiche du film

 

Le dernier opus d’Agnès Varda, Les Plages d’Agnès, généreux et poétique, est un recueil de mémoires verbales, visuelles, auditives parfois, un film réalisé à reculons, un film sur sa vie, ses proches, ses amis et bien sûr Jacques Demy.Agnès Varda sur la plage

Depuis la plage, Varda nous tend des miroirs qui reflètent et se reflètent, qui dialoguent même. Des jeux de miroirs qui autorisent une valse des images où Varda se met en scène à partir de la symphonie inachevée de Schubert d’où se dresse son enfance.

« Le temps a passé sauf sur les plages qui n’ont pas d’âge », nous dit-elle. Nous sommes dans la correspondance, dans une narration composite où se raconte la vie d’Agnès, sa vie de femme, de mère, de cinéaste. Une vie faite de lieux et de destins croisés, depuis lesquels elle puise de la matière, une matière vivante pour faire ses propres films ; de la Belgique, en passant par Sète et sa pointe courte, titre de son premier film,  jusqu’à Paris occupé puis liberé. A travers les références à cette histoire, elle travaille cette même idée de la fragmentation et du puzzle à reconstituer qui lui est si chère. Le film emprunte au surréalisme, il est collage, superpositition, association d’idées, travail et mise en scène de la réalité. « Je me souviens pendant que je vis », nous dit Varda.

Image depuis les plagesFormée à la photographie, elle devient cinéaste et rencontre Jacques Demy. A l’image de ses contemporains, elle prendra, en 1962, la Nouvelle Vague avec Cléo de 5 à 7. Après le succès de la comédie musicale  Les parapluies de Cherbourg, le couple s’envole pour Los Angeles, et fait l’apprentissage de la vie outre-atlantique.

Traversé par l’actualité du monde, le film de Varda quitte pour quelques minutes le domaine de l’intime, pour prendre des accents plus politiques avec la narration de la guerre, de la mort de Kennedy, celle des bouleversements qui agitent les années 60, jusqu’à ce fameux mai 68. Cette histoire politique se retrouve aussi dans la lutte pour la légalisation de l’avortement, ainsi que dans l’épisode des manifestations anti Le Pen en 2002.

 

Le film d’une petite vieille bien vivante

 

Parce que les films et les documentaires de Varda débordent toujours de vie, celui-ci ne déroge pas à la règle.

Et cet élan de vie, on le retrouve lorsque Agnès aborde sa rencontre, sa vie avec Jacques Demy. Elle nous raconte leur existence à Hollywood, leur retour à Paris et leur séparation, peu après que se termine le tournage du film qu’elle consacre à sa vie, Jacquot de Nantes.

Agnès Varda est née en 1928, beaucoup de vies se sont déjà éteintes derrière elle. Ce dernier film lui permet de leur rendre une fois encore hommage. Elle revient, sur l’exposition de photographies qu’elle a récemment consacré à Vilar et au Théâtre national populaire, sur tous ceux qu’elle a photographié, ceux avec qui elle a tourné, et qui ne sont plus. Elle leur dédie son film, nous partageons leurs existences. Les Plages d’Agnès est un film d’une générosité exemplaire, poétique, touchant, un film sur le partage, la joie et le bonheur d’exister. « Qu’est ce que le cinéma ? » se demande Agnès Varda : « De la lumière qui arrive quelque part, et qui est retenu par des couleurs plus ou moins sombres ou colorés ». Son dernier film est à n’en pas douter du cinéma, du grand cinéma, car au-delà de la couleur, il y a l’émotion, ce désir d’être et de rencontrer, qui bien au-delà de la physique de la lumière, rayonne de beauté, d’humour, de passion.

 

 

Les Plages d’Agnès, film français d’Agnès Varda

1h50

 

Affiche du film