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Archive for the ‘Exposition’ Category

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille jusqu’au 15 mars, l’exposition : Terre Natale, Ailleurs commence ici, un dialogue supposé entre Raymond Depardon et Paul Virilio. virilio-depardon

Récemment encensé pour le dernier opus d’un travail documentaire consacré aux paysans (Profils paysans), Raymond Depardon est un homme, photographe, journaliste et documentariste que l’on ne présente plus.

Paul Virilio, urbaniste et philosophe, est un homme traversé par les problématiques relatives aux migrations, aux trajectoires, par une certaine idée de la fin des espaces géographiques.

Les deux hommes étaient donc sensés se retrouver autour des questions suivantes : « Que reste-t-il du monde, de la terre natale, de l’histoire de la seule planète habitable aujourd’hui ?»

 

Pour étayer le propos, quatre dispositifs majeurs sont mis en scène dans le cadre de cette exposition.

Au rez-de-chaussée, deux écrans larges accueillent les images tournées et montées par Depardon. On y retrouvera le poésie, le sens aigu de la mise en scène du documentariste, la douceur et l’humanité que l’on perçoit à chacune de ses interventions. Images muettes ou accompagnés du verbe, elle mettent en avant, des concepts tels la distance, le rejet, la différence, la difficulté d’habiter le monde, la solitude, d’une part. De l’autre, vitesse, profusion métropolitaine, vie moderne et territoires urbains sont abordés. Femmes AmazonieAu sous-sol, accompagné d’un argumentaire sur la trajectoire, les migrations, la mort de la distance géographique, la refondation de la métropole autour de hub de communication, l’urbaniste – philosophe Virilio ouvre le pas à une infographie imposante sensée expliquer les grands bouleversements géopolitiques actuels.

Dans la même salle, des écrans Apple, malheureusement éteint lors de notre venue, devaient semble-t-il étayer le même propos…Infographie

 

Chiffres, images et sons à l’appui, le dispositif à l’infographie irréprochable, assène des chiffres et des concepts en chaîne, autour de cinq grandes thématiques.

Pêle-mêle, des numéros, des images, anxiogènes, sur les migrations, les flux humains et financiers, les tremblements de terre, le réchauffement climatique etc.  Si l’on peut être séduit par la mise en forme visuelle des éléments, réalisée par Diller Scofidio et Renfro,  le propos parait rapidement déconstruit, hasardeux et faussement dérangeant.

 

Si l’on comprend qu’il s’agisse une fois de plus de nous sensibiliser aux désastres qui secouent en permanence notre planète, le recours à un schéma narratif catastrophiste, montrant du doigt les inégalités, selon des procédés qui ne sont pas sans rappeler le sensationnel des scénarios hollywoodiens, laisse, lui, perplexe.

Emilie Breysse

 

Raymond Depardon – Paul Virilio

Terre Natale – Ailleurs commence ici

21 nov. 2008 – 15 mars 2009

Tarifs : 6,5€ / 4,5€

 

http://fondation.cartier.com/

Affiche

 

 

 

 

 

 

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Picasso et les maîtres ou l’histoire de la peinture occidentale par le grand maître de l’art pictural du siècle dernier. Voilà ce que l’on peut découvrir le long de cette formidable exposition qu’abrite jusqu’au 2 février prochain les galeries nationales du Grand Palais. Une dizaine de salles exposant plus de 200 œuvres issues des collections les plus prestigieuses, françaises et étrangères, publiques et privées. Ces toiles présentées de manière très dense, par thématiques, suivent peu ou prou les périodes et les passions de Picasso.

De Cranach l’ancien aux impressionnistes, en passant par les grands peintres espagnols, El Greco, Goya, Velázquez, mais aussi Rembrandt, Cézanne, Courbet, Van Gogh, la liste est longue, l’exposition aussi.

« Je peins contre les tableaux qui comptent pour moi, mais aussi avec ce qui manque à ce musée là (le musée imaginaire). C’est tout aussi important, il faut faire ce qui n’est pas, ce qui n’a jamais été fait. ». Voilà le postulat de base de Picasso, c’est dit, c’est fait.

Parce qu’il ne sera pas question ici de passer au crible toute l’exposition qui lui est consacrée, je me contenterais d’attirer votre attention sur quelques tableaux, leur place dans la quête picturale de Picasso et leur dimension dans la biographie de ce dernier.

 

La période bleu, El Greco, l’enterrement de Casagemas.

 

« Si mes personnages de l’époque bleue s’étiraient, c’est probablement à l’influence du Gréco qu’ils le doivent », nous dit Picasso.

Pablo Picasso, L'enterrement de Casagemas, 1901L’enterrement de Casagemas est une interprétation libre de L’enterrement du comte d’Orgaz, un tableau exécuté par Le Gréco en 1586 pour la décoration de la chapelle funéraire de l’église Santo Tomé à Tolède, que Picasso découvrit au cours Le Greco, L’enterrement du comte d’Orgaz, 1586d’une visite scolaire. Peint en 1901, L’enterrement de Casagemas, est dédié, à son ami, Casagemas qui s’était suicidé dans son atelier parisien pour une femme, un modèle, Germaine Gargallo, dont il ne parvenait à se faire aimer. Il tentera d’assassiner cette dernière au Café de la Rotonde, en février 1901, puis retournera l’arme contre lui. Germaine esquivera la balle qui lui était destinée tandis que Carlos succombera. Picasso confiera plus tard au critique d’art Pierre Daix « C’est en pensant à Casagemas que je me mis à peindre en bleu ». A l’opposé de la représentation traditionnelle de l’élévation christique accompagnée d’anges, Carlos Casagemas est représenté en compagnie de deux femmes nues, d’une mère et de deux enfants jouant. Trois prostituées symbolisées par de longs bas colorés, semblent accompagner le mort en sa dernière demeure, l’érotisme et l’humour se substituent au tragique et à l’austérité. Au-delà, de la séparation entre monde terrestre et monde céleste, Picasso préfère la sensualité à la solennité.

 

Les Ménines d’après Velázquez.

 

Aucune œuvre n’aura semble-t-il autant occupé Picasso, que le tableau « Las Meninas », l’œuvre célèbre peinte en 1656 par l’Espagnol Diego Velázquez. Diego Velasquez, Las Meninas, vers 1656-1657

Picasso a plus de 75 ans, lorsqu’il entreprend, entre le 17 août et le 30 décembre 1957, une série de 58 peintures à l’huile de formats très divers se référant toutes au tableau  L’exposition permettra d’apprécier plusieurs dessins et toiles réalisés à ce propos par Picasso. Le tableau de Velázquez se consacre entièrement à décrire les relations sociales de la cour. Des clairs-obscurs harmonisés et des dégradés de couleurs tonales viennent étayer le sujet et le message. En cela, Velázquez se montre, comme le déclarera Picasso, lui-même, le «vrai peintre de la réalité». La réalité de la vie du peintre de cour qu’est Velázquez est formulée clairement. Celle-ci était régie par une hiérarchie rigoureuse, ce que la composition exprime: l’artiste est relégué sur les bords. Pendant son travail, ce dernier s’adresse aux personnes qui constituent le centre de la vie de cour, le roi et le reine. Cette réalité se manifeste peut-être le plus clairement dans la personne de l’infante qui, selon l’étiquette, vient immédiatement après le couple royal : elle aussi dirige son regard vers le roi et la reine qui se réfléchissent dans le miroir du fond.

 

Les Ménines d'après Vélasquez, Pablo Picasso (1957)Dans les variations réalisées par Picasso, deux opérations picturales éclairent la transformation qui a eu lieu. L’artiste a changé de format,  la personne et la position du Peintre dans le tableau s’en trouvent nettement revalorisées et la scène se présente d’une manière plus narrative. Si le peintre est encore placé sur la gauche, son chevalet et lui-même occupent désormais un bon tiers et presque toute la hauteur du tableau. Le chambellan à l’arrière-plan, les personnages d’Etat au second plan et le couple royal dans le miroir ont été peints à la hâte, selon le schéma d’une réduction infantile. Deux composantes majeures chez Velázquez, la couleur et la lumière, ont été totalement modifiées par Picasso, qui dépeint son modèle dans les déclinaisons du blanc et du gris. L’artiste est devenu maître de son monde, et de ce qu’il choisit de représenter.

 

D’autres variations, registre important de son œuvre, sont présentes au musée d’Orsay (Picasso / Manet, le déjeuner sur l’herbe) et au Louvre, selon une formule de moindre envergure (Picasso / Delacroix, Les femmes d’Alger). 

 

Le nu bien sûr …

 

« Je ne veux dire le nu. Pas faire le nu comme un nu. Je veux seulement dire seins, dire pied, dire main, ventre… Il faut trouver un moyen de faire le nu comme il est. » , nous dit Picasso, dans des propos rapportés par Hélène Parmelin.

Francisco de Goya, Maya Desnuda, 1787-1800 y Pablo Picasso, Nu couché jouant avec un chat, 1664L’exposition, présente deux nus parmi les plus fameux et les plus décriés de l’histoire de la peinture, Maya Desnuda de Francisco de Goya, peinte en 1797  et l’Olympia de Manet. Réalisé en 1863. Edouard Manet, L'Olympia, 1863

L’exposition présente deux répliques à ces tableaux, il s’agit notamment de Nu couché sur le dos, peint en 1969, et Nu couché jouant avec un chat, peint 1964. Réalisé après la suite des déjeuners sur l’herbe, le nu couché jouant avec un chat, n’est pas à proprement parlé une variation. Picasso fait siens les éléments de la toile de Manet, la servante noire et le chat,  pour les introduire dans son tableau, selon une tonalité anecdotique, qui s’oppose à la gravité quasi solennelle dont témoigne l’Olympia de Manet.

 

 Pour ce qui est des commentaires, l’audio guide pourra pallier à l’ insuffisance des explications écrites, essaimées avec parcimonie et l’absence de guide papier à l’entrée. Enfin, pour pouvoir apprécier pleinement l’exposition, il faut compter deux heures, et de la patience à l’entrée des Galeries du Grand Palais, car la fréquentation est à l’image de l’exposition très dense.

 

Picasso et les maîtres,

Galeries du Grand Palais

Tous les jours sauf le mardi

12€ / 8€

http://www.grandpalais.fr

Pablo Picasso, Yo Picasso, 1901.

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En parallèle de la grande exposition qui se déroule aux Galeries nationales du Grand Palais jusqu’au 2 février 2009, le musée d’Orsay propose une exhibition de moindre envergure intitulée : « Picasso / Manet, Le déjeuner sur l’herbe »,  sur le thème des interprétations de la célèbre toile de Manet par Picasso. Pour ce faire, plus d’une quarantaine de tableaux, dessins, gravures et maquettes réalisés par Picasso entre 1954 et 1962 sont exposés. De son côté, le musée du Louvre accueillera au même moment « Picasso / Delacroix , les variations sur les Femmes d’Alger de Delacroix ».

En 1863, Edouard Manet, signe Le déjeuner sur l’herbe. le-dejeuner-sur-lherbe-edouard-manet-1863Cette peinture peut être interprétée comme une version moderne de la toile : Le concert champêtre (vers 1510) de Titien, une œuvre longtemps attribuée à son maître Giorgione, que Titien aurait terminé à la mort de ce dernier. Titien Le concert champêtreManet reprend le quatuor initial, dans lequel son modèle préféré, Victorine Meurent, pose pour la femme nue. L’homme sur la gauche étant probablement le beau-frère de Manet, Rodolphe Leenhoff, le second restant inconnu.

 

Lors d’une rétrospective de l’œuvre de Manet en 1932 au Musée de l’Orangerie, Picasso remarque le tableau et écris certainement, à ce moment là, au dos d’une enveloppe présentée dans le cadre de l’exposition : « Quand je vois le déjeuner sur l’herbe de Manet, je me dis des douleurs pour plus tard. » En 1954 Picasso, débute un long travail qui donnera le jour à plus d’une centaine de tableaux, de gravures et de dessins, qui sont autant de variations autour du chef d’œuvre de Manet.

L’exercice de lecture est donc clef dans cette exposition, et la question de l’ interprétation des histoires picturales que Picasso érige à partir de la toile de Manet, se pose avec une acuité croissante pour le visiteur.  Les tableaux de Picasso marquent des périodes, des moments, et apparaissent comme des séries de variations. A la mesure de ces déclinaisons, les rapports des personnages entre eux se transforment, certains prenant l’ascendant alors que d’autres disparaissent.

En 1867, Zola défend le tableau de Manet, décrié en soulignant: « Ce qu’il faut voir dans le tableau, ce n’est pas un déjeuner sur l’herbe, c’est le paysage entier, avec ses vigueurs et ses finesses, avec ses premiers plans si larges, si solides, et ses fonds d’une délicatesse si légère ; c’est cette chair ferme modelée à grands pans de lumière, ces étoffes souples et fortes, et surtout cette délicieuse silhouette de femme en chemise qui fait dans le fond, une adorable tache blanche au milieu des feuilles vertes, c’est enfin cet ensemble vaste, plein d’air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste ».

L’idée du plein air chère à Zola ne sied pas à Picasso. Les quatre personnages initiaux, Victorine, le causeur, l’homme, la baigneuse à la chemise, sont repris ;  mais pour ce dernier,  le déjeuner sur l’herbe est avant tout mise en scène. Pablo Picasso  Le Déjeuner sur l'herbe d'après Manet 1960Pour cette raison, sous son pinceau les personnages changent de place, de physionomie, de rôle aussi. Victorine, le nu de Manet, se métamorphose, tantôt grosse, tantôt maigre,  elle apparaît en juin 1961, sous les traits de  Jacqueline, la compagne de Picasso. Elle est nu, femme, allégorie de la peinture, œuvre en mutation, matière mouvante renaissant sans cesse au gré des humeurs du peintre. Elle se trouve dans la plupart des scènes en communication directe avec l’homme dit le causeur, une représentation possible du peintre, dont les attributs, la canne et le chapeau, à quelques exceptions prés,  le différencient dans chacune des toiles. Enfin alors que le deuxième personnage masculin, qui incarnerait pour certain le spectateur, prend une moindre place, jusqu’à disparaître totalement ;  la seconde baigneuse tend à se rapprocher des deux personnages de premier plan.

Picasso, poursuit la mise en abyme, allonge un des deux hommes en référence directe aux baigneurs de Cézanne.  Le Déjeuner sur l'herbe d'aprés Manet 1961

L’importance des concepts de variations et de correspondances est telle que l’on aurait peut-être souhaité que l’exposition mette davantage en perspective ces aspects là. On aurait en effet aimer, contempler : Le concert champêtre de Titien, ou encore : Le déjeuner sur l’herbe de Monet, réalisé en 1865, en réponse à l’œuvre de Manet.

Le Déjeuner sur l'herbe, Monet 1865Mais n’oublions pas,  il est vrai, qu’il était avant tout question de l’œuvre de Picasso…

 

 

 

 

Picasso / Manet : Le déjeuner sur l’herbe.

9,5 – 7€

Musée d’Orsay Mardi – Dimanche / 9.30 – 18.00 / 21.45 le jeudi

Le déjeuner sur l'herbe d'aprés Manet, Picasso

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Les photographes d’aujourd’hui sont les héritiers d’une génération de photographes américains qui, dans les années 1970, ont bouleversé la pratique de la photographie. C’est le propos que défend le département des étampes de la BNF, et qui trouve son illustration dans l’exposition : Seventies. Le choc de la photographie américaine, mise en scène sur le site Richelieu. L’exposition rassemble plus de 320 clichés réalisés par plus d’une trentaine de photographes américains.

Héritiers des mouvements artistiques, qui à l’instar du New Bahaus, se développèrent dans l’entre deux guerres, ces photographes influencèrent durablement la manière de concevoir l’exercice photographique du point de vue de sa forme même.

Dans une Amérique, en pleine révolution culturelle, ils empruntèrent aux « snapshot » ( photographies prises sur le vif), leurs défauts et maladresses, pour réaliser des photographies techniquement maîtrisées. Le flou de bougé ou de mise au point, la mise en scène, la superposition ou encore l’ombre du photographe devinrent un nouvel espace d’exploration. Josephson KennethTirant parti de cette subversion initiale, ils furent les témoins des bouleversements d’une société, d’un certain regard qu’elle portait sur elle même.

Contemporain d’une époque où la photographie se démocratise,  celle-ci prend pour objet le trivial des scènes de rues, les instantanés de vies quotidiennes.

larry-clark-tulsaLa pratique se transforme dans la captation d’univers jusqu’ici peu exploré : les reliefs de la jeunesse auprès de laquelle le futur cinéaste Larry Clark fit ses premiers pas ou encore la forme de nudité frontale et dépouillée à laquelle se consacra Diane Arbus. Diane Arbus Family one evening at a nudist camp 1965

Elle autorise aussi un renouvellement des prises de vues des paysages urbains, notamment dans leur géométrie ou encore naturels dans le mouvement qui accompagne une nouvelle prise de conscience écologique.

 Hébergeant des travaux et des parcours singuliers et disparates, l’exposition est conçue comme un dialogue où se rencontrent des territoires d’expression, la mise en réseau d’une communauté de photographes qui ont chacun à leur manière investigué des possibles de la représentation picturale. Ralph Eugene Meatyard,Romance (N.) From Ambrose Bierce #3 from Portfolio 3, negative 19641974

Par le truchement d’une scénographie très épurée, sensée représenter l’urbanisme géométrique des villes américaines, ces travaux sont présentés par thématique. Si l’on pourrait reprocher à l’exposition une mise en scène très éloignée d’un quelconque renouvellement formel, on appréciera néanmoins la diversité de ces photographies, judicieusement choisies, qui permettent de mieux saisir les formes de notre héritage photographique.

Seventies. Le choc de la photographie américaine

 BNF, site Richelieu / Galerie de photographie

58, rue de Richelieu

75001 Paris

7€/5€

29 octobre 2008 – 25 janvier 2009 

 

 

affiche-exposition

 

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Ron Arad est designer, architecte, artiste, il est un homme émancipé des cadres, un homme pour qui les frontières entre les disciplines sont poreuses, labiles, relatives. Il semble concevoir la discipline comme un champ d’investigation, un domaine d’action au service de ce même goût du mouvement, de la courbe, de la matière. Cette perméabilité permet à l’auteur de promouvoir une certaine idée de l’espace, un espace comme un théâtre où les points de vues, les structures et les objets se confondent, se reflètent, se donnent la réplique.

 

Le centre Pompidou héberge jusqu’à la mi-mars, l’exposition de Ron Arad dont il a lui même conçu la scénographie, une exposition aux frontières floues, délicieusement hybride, une fenêtre ouverte sur un imaginaire fascinant, une créativité sans bornes. L’exposition se vit avant tout comme une expérience, une expérience de la forme, des formes rondes, allongées, effilées, libérées, rehaussées de jeux d’ombres et de lumières, intégrées dans un espace structuré, architectural. Elle est constituée, sans rupture claire, de trois espaces reflétant chacune de ces trois activités, l’architecture, le design, la production industrielle.

 

Ron Arad travaille la matière, il emploi l’acier trempé, le silicone, la fibre de Carbonne selon des procédés inédits. La partie centrale de l’exposition présente nombre de ces pièces uniques et séries limités, dites On Off du nom de l’atelier qui co-fonde en 1980 avec Caroline Thorman et qui s’intégrera en 1993 à Ron Arad Associates. the-rover-chairC’est depuis cet atelier qu’il créa les premières pièces inspirées des ready-mades, et notamment la Rover Chair qui le rendra célèbre.

Dès l’entrée de l’exposition, au centre,  Arad a mis en scène à l’échelle 1, le foyer de l’opéra de Tel-Aviv dont il fut l’architecte. Autour et le long de ses marches, Arad a dressé un grand nombre d’objets, lampes, fauteuils et chaises, ainsi qu’un exemplaire de la bibliothèque bookworm 8008.

 

Oh Void 2 © 2006, Ron Arad, UK

  

Dans la partie droite du foyer, en son cœur, depuis un écran panoramique sont projetées les images du musée du design d’Holon en Israël dont la livraison est prévue pour 2009. Le visiteur peut désormais s’asseoir et contempler ce flot d’images quasi hypnotiques. musee-du-design-holon-projet-en-coursAu fond de la salle des maquettes et des écrans reviennent sur les principaux projets auxquels Arad a participé.

 

 La troisième partie de gauche, séparée par une paroi translucide est consacrée au design industriel. L’expérience sensorielle est totalement distincte, on s’éloigne de la magie colorée et rutilante de la partie centrale, pour un espace conçu comme un entrepôt du design. On y retrouve des objets, des fauteuils, des écrans, disposés dans des cylindres au diamètre variable, entreposés les uns sur les autres.

Depuis cet espace, le visiteur aura la possibilité de tester l’ergonomie de certains de ces fauteuils à l’instar du MT3 un fauteuil à bascule moulé dans un plastique polymère bicolore (polyéthylène moulé par rotation, puis découpé). fauteuil-rocking-chair-design-mt3-ron-arad

 

L’expérience est fascinante, Ron Arad, au sommet de son art, a mis en scène une exposition éblouissante et généreuse, à ne rater sous aucun prétexte.

 

 

Ron Arad : No discipline

Centre Pompidou

12€/9€

20 novembre 2008 – 16 mars 2009

11h00 – 21h00

Fermeture le mardi.

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Le musée d’Orsay dévoile ses pastels, une collection riche de plusieurs centaines d’œuvres, des pastels qui  furent longtemps jugés comme mineur, auxquels l’exposition rend ici hommage. Faits de poudres colorés solidifiés, les pastels sont fragiles. Mais dans leur délicatesse, ils ont su épouser et marquer les époques, étayer l’histoire des hommes et de l’art, exposer des nuances, des sentiments, des existences. L’exposition relate avec force et élégance, la richesse de cette histoire à travers les œuvres des plus grands peintres et pastellistes européens, elle rappelle et illustre les goûts et les préoccupations des courants artistiques, des amateurs d’arts et des sociétés qui se succédèrent.

 

Un voyage en douze temps

 

Tout commence au 15ème siècle en Italie et en France, où le pastel est avant tout une technique de dessin. Son usage se développe et s’impose au 18ème siècle autour des œuvres de Rosalba Carriera et Quentin de la Tour.  Après la pause marquée durant la révolution française, il faut attendre le 19ème siècle, et la percée romantique pour que le pastel rayonne à nouveau. Il se renouvellera dés lors sans cesse à travers les courants artistiques qui le traverseront.  

 

Après un bref retour sur les pastels du quattrocento, l’exposition aborde ces oeuvres sous la mention réaliste des peintures rurales de Millet, un réalisme lumineux, éclairé par les teintes veloutées et nacrées du pastel. Des toiles à l’image de La baratteuse,  jean-francois-millet-la-baratteuse-vers-1866qui  expriment la grâce du mouvement paysan chère au peintre.

Après l’exaltation des formes et des sujets qu’avait porté le romantisme, la peinture renoue avec une forme d’authenticité, une vérité qu’illustre les toiles de la période. Le pastel se redécouvre à la lumière de l’impressionnisme. Le visiteur aura alors la chance de voir et de revoir parmi les plus belles œuvres de  Manet et de Degas. premiere-ballerine-edgar-degas-c-1876-in-the-musee-d_orsay-paris

On y retrouve donc, les toiles où Degas dépeint l’univers du spectacle et de l’opéra, les danseuses s’exerçant dans leurs tutus vaporeux. Pour Degas, le pastel est avant tout un outil exploratoire, un moyen d’éprouver sa liberté, on y lit son désir de valoriser les étoffes, le mouvement, de nous faire partager la magie du spectacle et de ses coulisses.

 

 

Traversé par le courant symboliste, le pastel parviendra à donner vie à des univers mystérieux et oniriques, sous les pinceaux de Fantin-Latour ou encore d’Aman-Jean . Plus que jamais le pastel permet de donner voix à une magie, une mystique qui se voit dans la nuance et dans la subtilité du trait.

 

lucien-levy-dhurmer-sonate-au-clair-de-lune2Mystère, mythologie, peinture, musique se mêlent pour des rendus exceptionnel à l’image de cette Sonate au clair de Lune de Lucien Lévy-Dhurmer .

 

L’histoire se termine alors dans un registre à la fois sensuel et spirituel, « dans le monde ambigu de l’indéterminé » d’Odile Redon. Une œuvre mystique, flirtant avec le surréalisme, et toujours,  l’éclat d’une poudre qui révèle les reliefs de l’imaginaire.  

 

Le mystère de l’éclat

Pastels du Musée d’Orsay

1, rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris.

http://www.musee-orsay.fr

Entrée 9€ /7€

Jusqu’au 1er février 2009.

 

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Pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage sur l’œuvre de Pollock, sur son intérêt pour les arts premiers ou encore sur son attrait pour le chamanisme, la Pinacothèque de Paris abrite en ce moment une exposition intitulée Jackson Pollock et le chamanisme. D’emblée, le propos paraissait ambitieux, puisqu’il s’agissait, selon le directeur de la Pinacothèque, de proposer « une relecture révolutionnaire de son œuvre ». L’exposition devait permettre d’examiner le postulat, selon lequel les arts premiers et le chamanisme avaient participé de l’inspiration et de la « transformation » de l’œuvre de Pollock. La thèse, une fois admise, il serait entendu que les « drippings » de Pollock n’étaient pas seulement des œuvres purement abstraites mais qu’ils étaient au contraire dépositaires d’un univers symbolique dense directement issue de la rencontre du peintre et du chamanisme.

Si le propos semblait à priori séduisant, l’exposition tout entière consacrée à étayer cette théorie ne convainc qu’à moitié. S’il est en effet clair que les oeuvres présentées peuvent corroborer le point de vue, l’exposition elle, tout entière dévolue à nous persuader du bien fondé de l’hypothèse laisse perplexe.

 

Une exposition maladroite

Déjà, la muséographie et le regroupement des œuvres sous la bannière de catégories tels que : « l’homme et l’animal », « l’homme et la femme », « la danse » ou encore « l’extase »,  tendent à simplifier le propos. Par ailleurs, s’il paraissait judicieux de présenter divers objets primitifs, en guise d’illustration, ils prennent la forme d’une succession d’alibis, entièrement voués à persuader, les plus incrédules d’entre nous,  du lien fort et fécond entre ces objets et les œuvres du peintre. L’exposition se voulait didactique, et la cause est entendue, pourtant était-il besoin de nous indiquer avec tant de sollicitude, et à grand renfort de textes explicatifs, qu’il s’agissait ici d’un homme, là d’un oiseau, ou encore d’un taureau ? 

 

manbull-bird-c-1938-41Enfin, le recours systématique aux œuvres de Masson, en contrepoint des œuvres de Pollock, clôturant jusqu’à l’exposition même, nous laisse dans l’étonnement.

 

 

 

On ne doutera pas que sensible à la destiné de l’homme moderne, Pollock ait voulu éprouver le langage sacré, voire participer d’une forme de réenchantement du monde.  Si la visite permettra de contempler certaines des plus belles œuvres de Pollock et de Masson ; au sortir de l’exposition, il se peut bien que l’on se demande, s’il ne s’agissait pas aussi d’un exercice incantatoire voué à acquérir la conviction du bien fondé d’une telle exposition…

Jackson Pollock et le chamanisme

Pinacothèque de Paris

28, Place de la Madeleine

75008 Paris

Jusqu’au 15 février

9€- 7€

 

 

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