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Archive for the ‘Cinéma’ Category

L’immensité lumineuse d’un champ de tournesol, têtes retournées sous un ciel voilé. Un premier tableau qui révèle la puissance sereine et déjà presque inquiétante de la nature. Brièveté de l’image avant le basculement, et la montée du bruit assourdissant de la guerre. La lumière se dérobe, nous sommes le 6 juin 1982, un jeune soldat israélien descend au fond d’un char, un mausolée d’acier, dans lequel l’eau croupissante se mêle à l’odeur âcre de la sueur et de la fumée.

Il y a plus de vingt cinq ans, le réalisateur Samuel Maoz a fait ce chemin là. Si le traumatisme demeure, les années écoulées ont permis au réalisateur de s’extraire pour une part de la culpabilité et de la douleur,  de transcender l’émotion pour l’analyse clinique des faits.

Huit-clos infernal

Ils sont quatre, ils ont vingt ans, ils ont pour mission de « nettoyer » une ville après le passage de l’aviation. Shmuel le tireur, Assi le commandant, Herzel le chargeur et Yigal le conducteur, otages de Tsahal, terrifiés à l’idée de perdre la vie, acculés à tuer pour ne pas mourir. Rétifs à l’autorité,  ces jeunes gens n’auront de cesse de rechigner à faire le sale boulot, cherchant ici et là, une échappatoire.  Et s’il y a bien une constante dans le fil de l’histoire, c’est bien le rapport toujours controversé à l’autorité. Pourquoi ma vie doit-elle dépendre des décisions d’un autre, qui n’est ni plus ni moins conscient ou lucide que moi, formulent-ils tour à tour.

Qui de l’homme ou de la machine est fait d’acier ?

« L’acier c’est l’homme, le char, juste de la ferraille » peut-on lire graver à l’intérieur du tank. L’homme plus fort de la machine, le postulat est osé, alors que le char ne cesse de se resserrer autour des soldats, jusqu’à l’étouffement.

Depuis le char pestilentiel, une seule vision, celle à laquelle on accède depuis le viseur ou le périscope. L’œil de l’homme se confond avec le viseur, ce point d’ancrage qui tend vers cette autre réalité, celle qui exprime le saccage et le désastre de la guerre. Animaux éventrés, ruines, vieillards stupéfaits, femme hurlant dans les décombres, la peur à chaque carrefour des assauts syriens, la peur de devoir tirer, la peur de voir encore.

Les tableaux de la honte et de la désolation se succèdent alors que les soldats semblent être arrivés à un point de non retour, dont personne ne semble à même de les sortir. Et puis viens l’égarement, la sensation d’être au pris au piège, certains cèdent à la panique, d’autres flirtent avec la folie, tentant pour certains de recouvrer un semblant de dignité au travers d’une toilette sommaire. La bande-son se fait assourdissante, et le film s’accélère.

Pour le spectateur, piégé devant les images de la douleur, des questions d’ordres éthiques ne tarderont pas à surgir. Etait-il nécessaire,  d’insister si longuement sur les paysages de la désolation au risque du voyeurisme, pourquoi montrer pendant plusieurs minutes une femme criant sa douleur ? Pourtant, à tout bien peser, on se dit qu’au-delà il y a bien quelque chose de nouveau dans le regard apporté, et qu’au-delà de la dénonciation de la cruauté et de l’absurdité de la guerre ou du rapport fragile à l’autorité, il y a surtout le constat toujours plus vrai de la fragilité et l’impuissance des hommes.

Sortie :   03/02/2010

Film israélien / Drame / 1h33min

Réalisation : Samuel Maoz

Avec : Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen, Michael Moshonov, Zohar Strauss, Dudu Tassa, Ashraf Barhom, Reymonde Amsellem

Emilie Breysse

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Réalisé par les photographes et réalisateurs américains Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley, Le Petit Fugitif (The Little Fugitive) raconte l’errance d’un enfant le long de la plage de Coney Island, un quartier situé au sud de New-York, dédié aux manèges et aux jeux. Récit de la découverte d’un monde à travers ses yeux, ce film, qui marqua un tournant décisif dans le cinéma américain de l’époque, dresse le portrait d’un petit garçon qui fait l’apprentissage de la réalité et de la solitude, avec une curiosité, une maturité et une légèreté déconcertante.

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New York, Brooklyn au début des années 50. Joey et Lennie sont deux frères livrés à eux-mêmes dans ce quartier populaire des Etats-Unis, loin des villas suburbaines de la bourgeoisie américaine. Leur père est absent, leur mère doit mener de front vie de famille et vie professionnelle. L’aîné, Lennie, n’a d’autres choix que de s’occuper de son cadet, le jeune Joey, âgé de 7 ans. Si le premier est un modèle pour son jeune frère, l’aîné supporte mal la présence constante du plus jeune à ses côtés. Pour tromper l’ennui, Lennie et ses copains élaborent une farce cruelle qui sera à l’origine de la fugue du « petit fugitif »…

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Nom de code : Z32, le nom d’un soldat israélien, ex-membre d’une unité d’élite de l’armée israélienne. Z32 est un homme qui préfère taire son identité, un homme qui porte un masque au-delà duquel seuls les yeux et la bouche transparaissent. Avi Mograbi est un réalisateur israélien, bénévole de Shovrim Shtika, un groupe d’anciens soldats, il a entendu des dizaines de témoignages, parmi lesquels celui de Z32 dont il a décidé de faire un film…

 

Depuis une chambre, en Inde, Z32 est assis face à la caméra avec sa petite amie. Il parle de ce qu’il a fait, il s’adresse à son amie, il lui demande de raconter cette histoire, son histoire. Que dire ? Les mots ne viennent pas si facilement, le malaise est là, leurs doigts se tordent, les silences s’allongent, les questions se superposent…

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Pour son premier long métrage, Home, Ursula Meier choisit de faire le portrait d’une famille iconoclaste dans un lieu plus qu’improbable, quasi surréaliste, depuis lequel elle nous décline les fantaisies et les partis pris de cinq personnages qui ont fait le choix de mener leur existence coûte que coûte au bord d’une autoroute …

Marthe et ses enfants Nous sommes au milieu de nulle part, le long d’une deux fois deux voies a priori désaffectée, dans une campagne délaissée et aride. Une famille a fait de cet espace son lieu de vie, allant jusqu’à transformer ce bout de bitume en aire de jeux où se disputent matchs de Hockey, longues séances de bronzage, parties de baignade sur le vif. Dans cette maison là, de l’humour, des rires, de la liberté, un sens des réalités toujours plus surprenant, une manière très personnelle et très troublante de vivre et de penser.

Marthe et Michel, couple attachant et atypique, ont trois enfants, des enfants aux caractères et aux motivations radicalement disctintes, fruit d’une éducation souple régit par l’amour, la compréhension et le respect des choix de chacun. HomeL’aînée Judith, figure du désœuvrement et de l’attente, passe ses journées en maillot de bain, allongée sur un transat fumant des cigarettes le casque audio branché sur les oreilles. A l’abri de l’émotion, elle semble attendre l’événement qui sera à même de la propulser hors de sa chaise longue. La cadette Marion, tête pensante de la famille, plongée dans une métaphysique lourde est un prototype de comportement obsessionnel. Julien, le dernier est un petit garçon intelligent, joueur, curieux.

Puis un jour, l’événement toujours redouté survient, après dix ans d’attente et à grand renfort de flashs spéciaux le tronçon E 57 ouvre pour la plus grande joie des automobilistes. La vie de la petite famille s’en trouve totalement bouleversée. Rapidement le flot de voiture s’intensifie, le bruit et l’énervement s’ensuivent. La famille résiste, car leur vie ne peut-être qu’au bord de ce champ et de cette autoroute, ils refusent de partir. Traverser l’autoroute à pied dès le matin, rapporter les courses le soir, dormir, rester chez soi, vivre tout simplement devient synonyme de lutte au quotidien. Traversée de l'autoroute

Névrose et enfermement

Asphyxiée par le CO², recluse, barricadée, la famille se replie sur cet espace qu’elle veut de plus en plus clos, à l’abri des regards et du monde, luttant pour préserver ce lieu de vie qui menace de totalement lui échapper. La famille organise sa liberté, comme dans un bastion, mais cette dernière à un coût, et la démence n’est plus très loin.

Drôle, hors norme, loufoque, le film de Meier parle de névrose, d’obsession, de la difficulté de rester ce que l’on a choisi d’être, de liberté aussi. L’asphyxie est un thème clef, que l’on retrouve de part et d’autre des mondes qui se dessinent. Dans une interview donnée à propos de son film Meier nous raconte la genèse de cette histoire : « en voiture, j’ai vu des maisons juste au bord de l’autoroute et je me suis dit qu’il serait intéressant d’inverser le regard. En fait, c’est un road movie à l’envers ».

Conçu comme une fable contemporaine, entre humour décalé et folie douce, Home est décidément un film surprenant et très personnel, qui mêle les genres, les tons, les points de vues ; et qui devient au-delà des apparences une véritable bouffée d’air frais au cinéma.

Home, un film de Ursula Meier, avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet. Genre : Drame – Durée : 1H37 mn Distributeur : Diaphana, Sortie en salles le 29 Octobre 2008, Année de production : 2007

Affiche

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Apre voire aigre, difficile, insoutenable, le dernier film de Ulrich Seidl est un de ces films qui vous assènent des vérités crues et lancinantes, sans faux-semblants, sans égards, avec art certainement, avec cruauté sans doute.

 

Un homme essaie désespérément de démarrer sa moto, une femme marche le long d’une voie ferrée enneigée, avec pour seule perspective au loin, les cheminées des usines de cette ville glaciale et glacée d’Ukraine. Olga travaille comme infirmière dans un hôpital vétuste, son salaire ne lui permet pas de vivre décemment, elle survit avec sa mère, son enfant, son frère peut-être, dans un appartement inconfortable. olga-marchant

Au même moment, en Autriche des jeunes hommes font des exercices, récompensés par des coups et des hurlements,  ils suivent une formation, pour le moins rigide et abrutissante,  en vue d’être gardien de sécurité. Des cris, des grimaces, de la sueur. Le réalisme est cinglant, tout autant que le froid qui sévit de part et d’autre de cet europe. On perçoit vite le propos du film, il sera question d’humanité peut-être, mais de cette humanité bestiale, primaire, sans beaucoup de recul sur elle-même. De celle qui pousse ces jeunes femmes Ukrainiennes à se masturber en ligne pour assouvir le plaisir d’hommes allemands, de celle qui fait que l’on ressens à l’image de ces personnages tragiques et esseulés, une indicible solitude, un ennui effroyable.

Ulrich Seidl a décidé de cultiver l’abjection, soit. Le film est une succession d’humiliations des corps, et des esprits. Il ne semble y avoir aucune rédemption possible, le constat est clair, il sonne comme une immense condamnation. Tous coupable, oui, mais de quoi ? Coupable d’une Ukraine déliquescente, moribonde, livrée à elle même, de la froideur du climat, de la jalousie de ceux et de celles qui traitent Olga avec tout le mépris, et le dédain que l’on puisse imaginer ?

 

Inexorable chute

 

Import – export est un film sur le commerce des hommes et des sentiments, un commerce froid, où l’on traîne sa vie, jusqu’à une mort absurde, dans les méandres d’un hôpital, à l’abri du regard des hommes, dans la solitude, la peur, la déchéance. Parce qu’il fallait bien, redonner un peu de sens à l’existence, de temps en autres quelques sentiments, quelques rires, quelques pleurs de joie, nous permettent de reprendre nos esprits.

Pourtant, malgré la réticence et l’horreur, il s’agit bien de prendre conscience du réalisme fétide auquel nous sommes confrontés. Import – export à de réels accents documentaires, qu’il s’agisse de cet hôpital en Ukraine, de l’agence de sexe en ligne ou du service de gériatrie autrichien, Seidl ne les a pas inventé, ils existent vraiment. De même, en ce qui concerne les deux principaux protagonistes que son Ekateryna Rak dans le rôle d’Olga et Paul Hoffmann, dans celui de Paul. Ces deux là ne sont pas des acteurs, mais deux personnes dont la vie réelle ressemble à celle du film. paul-et-son-beau-pere

 

Au-delà des frontières géographiques, Seidl questionne, retourne, expose les frontières sociales, les barrières humaines, la quête désespérée de la vie, de l’amour avec pour fin ultime celle de la mort. Les images parlent, se succèdent, implacables selon le même rythme, exposant le même scénario pessimiste. Il y a peu d’espoir vraiment, peu de répit, heureusement, il reste un peu de dignité quelque fois.

« Mon propos n’est pas uniquement de divertir le spectateur, mais aussi de le toucher, de le déranger », nous dit Ulrich Seidl. En effet, ce film ressemble à un essai à demi fictif dont la thématique principale serait la médiocrité cinglante de l’humanité, une humanité qui se cherche, qui s’achète et se vend, un monde d’une brutalité glaciale.

 

Import – export, film autrichien de Ulrich Seidl, avec Ekateryna Rak, Paul Hofmann, Michael Thomas

Genre : Drame Durée : 2h 15min. Année de production : 2007

Interdit aux moins de 16 ans

 

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Comme une étoile dans la nuit est un film juste, sans fard, qui aborde la délicate question de la mort qui s’invite dans une histoire d’amour, une histoire entre deux êtres, qui ont fait de leur amour la condition de leur bonheur, de l’existence presque.

Depuis la chambre conjugale, au premier plan, deux êtres qui se dévêtissent et s’approchent du corps de l’autre. Au second plan, un tableau qui se dessine, un route qui s’allonge, comme une promesse de bonheur. Depuis le creuset de cette intimité, on lit le désir infini de l’autre, l’envie de construire ce bonheur à deux, si difficile et si beau. Anne et Marc sont deux êtres ordinaires, qui ont fait le choix de s’aimer, de se marier, d’avoir un enfant même. Il n’y a pas de place pour le doute, seul triomphe, le désir fort de vivre ensemble, pour la vie. Lorsque Marc découvre qu’il est atteint d’une maladie rare, la maladie de Hodgkin, les amants nient l’éventualité de la mort, ils ne lui feront aucune place, il n’y aura qu’une seule lutte, celle de la vie, portée, transcender même, par leur amour. Anne & Marc

 

Eloge de la vie

 

Le scénario de Féret s’inspire de l’histoire de sa nièce, dont le compagnon fut confronté,  il y a plusieurs années à la même maladie. Réalisateur et producteur indépendant, sûr de son propos et de son cinéma, il nous raconte une histoire tragique avec dignité, beauté, courage aussi. Comme une étoile dans la nuit est un film sur le corps, le corps vivant, le corps luttant, le corps, condition de vie et de mort, d’un plaisir inouï, d’une souffrance inéluctable. 

Il y a des scènes incroyablement touchantes de ces amants riants, alors que la mort les guette, des amants décidés à encenser la vie de manière totalement effronté, alors que celle-ci menace de s’éteindre.

Anne (Salomé Stevenin), solaire, impérieuse, semble avoir lancer un défi à la mort. Dans son attitude jusqueboutiste, elle s’est lancé dans un corps à corps qui ne laisse de place ni à la mélancolie, ni à l’abattement, elle est l’incarnation du combat lui même. Un combat qu’elle mène pour son amant, pour cette vie si fragile et si belle, pour nourrir, combler, oxygéner le corps de son amant en lutte. Marc (Nicolas Grimaud) se débat corps et âme pour l’amour de sa belle, pour cette histoire qui ne peut pas lui échapper. Alors que leur entourage semble totalement accablé par la nouvelle, et que les amants doivent se coltiner la fuite, la couardise, la pitié parfois, Marc et Anne ont décidé de faire face, persuadés que la force de leur amour pourra venir à bout de la maladie. Anne & Marc

 

Salomé Stévenin, rayonnante, donne à ce film grave et délicat, susceptible de sombrer à tout moment dans une forme conventionnelle de mélodrame, une énergie incroyable, qui nous tient à distance du pathos.

On pouvait craindre que la temporalité du film, et les éclipses narratives qui le ponctuent, sacrifient la crédibilité du film, il n’en est rien. Il en était de même, de cet amour d’emblée porter au nues, au risque de nous faire douter de sa véracité, nos craintes se dissiperont vite.

 

Ce film aborde jusqu’au trouble, le spectateur, dans sa manière d’aborder la mort, un tabou, une réalité si implacable, insoutenable, que l’ardeur et la conviction dont font preuve les acteurs ne pourront néanmoins pas dissimuler. Que répondre à l’imminence, puis au châtiment de la mort ?  Des sourires, des vagues et du bonheur à venir, nous dit Féret, de la joie de vivre tout simplement.

 

Comme un étoile dans la nuit

Film français de René Féret avec Salomé Stévenin, Nicolas Giraud, Jean-François Stévenin, Maryline Canto.

1 h 30

 Affiche du film

 

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Le dernier opus d’Agnès Varda, Les Plages d’Agnès, généreux et poétique, est un recueil de mémoires verbales, visuelles, auditives parfois, un film réalisé à reculons, un film sur sa vie, ses proches, ses amis et bien sûr Jacques Demy.Agnès Varda sur la plage

Depuis la plage, Varda nous tend des miroirs qui reflètent et se reflètent, qui dialoguent même. Des jeux de miroirs qui autorisent une valse des images où Varda se met en scène à partir de la symphonie inachevée de Schubert d’où se dresse son enfance.

« Le temps a passé sauf sur les plages qui n’ont pas d’âge », nous dit-elle. Nous sommes dans la correspondance, dans une narration composite où se raconte la vie d’Agnès, sa vie de femme, de mère, de cinéaste. Une vie faite de lieux et de destins croisés, depuis lesquels elle puise de la matière, une matière vivante pour faire ses propres films ; de la Belgique, en passant par Sète et sa pointe courte, titre de son premier film,  jusqu’à Paris occupé puis liberé. A travers les références à cette histoire, elle travaille cette même idée de la fragmentation et du puzzle à reconstituer qui lui est si chère. Le film emprunte au surréalisme, il est collage, superpositition, association d’idées, travail et mise en scène de la réalité. « Je me souviens pendant que je vis », nous dit Varda.

Image depuis les plagesFormée à la photographie, elle devient cinéaste et rencontre Jacques Demy. A l’image de ses contemporains, elle prendra, en 1962, la Nouvelle Vague avec Cléo de 5 à 7. Après le succès de la comédie musicale  Les parapluies de Cherbourg, le couple s’envole pour Los Angeles, et fait l’apprentissage de la vie outre-atlantique.

Traversé par l’actualité du monde, le film de Varda quitte pour quelques minutes le domaine de l’intime, pour prendre des accents plus politiques avec la narration de la guerre, de la mort de Kennedy, celle des bouleversements qui agitent les années 60, jusqu’à ce fameux mai 68. Cette histoire politique se retrouve aussi dans la lutte pour la légalisation de l’avortement, ainsi que dans l’épisode des manifestations anti Le Pen en 2002.

 

Le film d’une petite vieille bien vivante

 

Parce que les films et les documentaires de Varda débordent toujours de vie, celui-ci ne déroge pas à la règle.

Et cet élan de vie, on le retrouve lorsque Agnès aborde sa rencontre, sa vie avec Jacques Demy. Elle nous raconte leur existence à Hollywood, leur retour à Paris et leur séparation, peu après que se termine le tournage du film qu’elle consacre à sa vie, Jacquot de Nantes.

Agnès Varda est née en 1928, beaucoup de vies se sont déjà éteintes derrière elle. Ce dernier film lui permet de leur rendre une fois encore hommage. Elle revient, sur l’exposition de photographies qu’elle a récemment consacré à Vilar et au Théâtre national populaire, sur tous ceux qu’elle a photographié, ceux avec qui elle a tourné, et qui ne sont plus. Elle leur dédie son film, nous partageons leurs existences. Les Plages d’Agnès est un film d’une générosité exemplaire, poétique, touchant, un film sur le partage, la joie et le bonheur d’exister. « Qu’est ce que le cinéma ? » se demande Agnès Varda : « De la lumière qui arrive quelque part, et qui est retenu par des couleurs plus ou moins sombres ou colorés ». Son dernier film est à n’en pas douter du cinéma, du grand cinéma, car au-delà de la couleur, il y a l’émotion, ce désir d’être et de rencontrer, qui bien au-delà de la physique de la lumière, rayonne de beauté, d’humour, de passion.

 

 

Les Plages d’Agnès, film français d’Agnès Varda

1h50

 

Affiche du film

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Au royaume de l’absurde les frères Coen sont rois, enfin tout du moins très bien placés sur l’échelle relativiste du dixième degrés.

Emporté par cette histoire, presque malgré nous, nous en venons logiquement à nous demander pourquoi ? Sur quoi repose ces ressorts là ? Comment font-ils pour qu’un nom-événement, voire même une succession de non-évènements puisse nous tenir en haleine pendant près d’une heure trente-cinq ?

En faisant un inventaire rapide, on relèvera, le casting impeccable, des personnages caricaturaux, pastiches comiques de leurs incarnations habituelles, notamment lorsque l’on pense à la figure crétine et affligeante de Brad Pitt (Chad), ou encore à la parure de serial lover que revêt Georges Clooney (Harry). On y verra aussi une jolie satyre de l’Amérique, toute classe sociale confondue, dignitaire de la CIA inclus.  Brad Pitt

Il y a bien sur des plans irréprochables, une énergie qui vous emporte dans un tourbillon de non sens, de quiproquos et d’inepties, mais la même question revient encore, pourquoi ce film qui aurait pu être un ratage total fonctionne si bien…

Et bien, peut-être parce que l’on prend plaisir à jouir de ce nihilisme assumé, que l’on rit de leur bêtise teintée d’arrivisme, (peut-être de la nôtre) que l’on dépose à l’entrée de la salle ses bons sentiments pour goûter et se repaître des joies de la médiocrité et de la suffisance. Dans un monde où tout n’est que faux-semblant, profit, et apparence, les sentiments sont toujours de mauvais sentiments, et que l’un d’entre eux se mettent à cultiver un brin de sincérité, nul doute qu’il finisse lui aussi en amuse-gueules pour vermines mises en appétit. Jogger invétéré qui se rachète une mauvaise conscience, paranoïaque alcoolique sur qui le destin semble s’acharner, fashion victime inconsciente, dame de fer impitoyable, et jusqu’aux russes mêmes… Le film est une longue et incroyable série de clichés et de névroses.At-the-movie-theatre

 

De la médiocrité avant toute chose

 

Il n’y a bien sûr aucune morale, aucune vérité, aucun remord, rien que sa petite personne à soigner, à redimensionner, à vendre ou monnayer. Troublant, troublant se dit-on. Et à regarder encore de plus prés ces personnages, on les trouve d’une incroyable naïveté, presque touchant dans leur manière simpliste, incapable de prendre ne serait-ce qu’une seconde un brin de hauteur. Justement, la hauteur ne pourra qu’être l’apanage de la caméra qui depuis un satellite  se rapproche lentement vers la terre, puis un pays, et enfin une ville avant que de s’échouer ras le sol, filmant les chaussures noires d’un employé de la CIA. Visiblement, il paraissait impossible de pouvoir tomber plus bas.

Les frères Cohen ont filmé le côté de plus terrien de l’humanité, puisque nous caressons ici toutes les aspérités de la petitesse humaine, surtout lorsqu’elle se prend aussi sérieux. Et dés lors, de ce point de vue là, l’on se dit qu’il serait bon en effet de reprendre un peu de hauteur, pour ne plus voir ces milliers de fourmis humaines s’ébrouer et se corrompre absurdement sur la terre, heureusement, c’est aussi le choix que fait la caméra, le dossier est classé.

 

Burn After Reading, film américain de Joel et Ethan Coen

Avec George Clooney, Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton, Brad Pitt.

 Affiche du film

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une Fata Morgana est un phénomène optique qui résulte de la présence à différents niveaux de l’atmosphère de couches d’air où se produisent des variations thermiques plus ou moins brutales entraînant la formation d’un mirage.

Le nom Fata Morgana (en  italien), vient de la Fée Morgane. Le phénomène fut rapporté la première fois, par des croisés qui, navigant sur la mer Méditerranée, affirmaient avoir aperçu de fantastiques châteaux se refléter dans la brume près du détroit de Messine, entre l’Italie et la Sicile. Ils attribuèrent ce phénomène à la Fée Morgane, fée qui selon la légende arthurienne, avait le pouvoir d’élever des palais au-dessus des flots et d’agir sur le vent.

Fata Morgana c’est aussi un film de Werner Herzog, un poème épique en trois parties dans lequel il développe une conception très personnelle, paradoxale, totalement imprévisible de la création, du paradis et de l’âge d’or. Hybride, proche de l’essai, le film parcourt l’Afrique, ses plaines, ses montagnes, ses lacs, ses dunes de sable, ses mirages, en nous narrant les mystères qui ont présidé à la création, et ce qu’il en est advenu depuis. Dunes

Comme souvent chez Herzog, le film demeure une expérience à part entière, une expérience auditive, visuelle, dont les ressorts et interrogations métaphysiques ponctuent les dialogues de l’image et du son.

Fata Morgana est un film dont la composition a aussi pour objectif de nous confronter à une forme d’extase esthétique.

A l’heure de la création, les textes illustrent les images par des récits mythologiques, ceux du déluge, ceux des espoirs et des visées des divinités ayant présidé à la création du monde.

A l’ère paradisiaque, l’homme se faisant fort de sa présence, les paysages changent, se durcissent, se matérialisent, le récit passe de la mythologie à l’ironie, on y fait l’expérience de la beauté, de la cruauté, du rire aussi. Le dernier volet est basculement, plongé dans l’absurde, dans le non-sens. Scènes baroques, personnages ridicules, déconstruction totale, inadéquation de l’image et du propos, laissent le spectateur désarmé et hilare. boy-and-animal

Herzog disait de Fata Morgana qu’il était « un documentaire tourné par les extraterrestres de la Nébuleuse d’Andromède, avant qu’ils ne l’abandonnent ». Expérimental et surréaliste, le ton du film, lui se situe toujours à la frontière de l’ironie et de l’absurde alors que la vision que projette Herzog, elle, demeure pessimiste.

L’essai est grave certes, mais aussi terriblement drôle, car l’auteur sait lier la profondeur du propos et l’humour du point de vue. Enfin, parce que l’expérience d’un film d’Herzog ne laisse jamais indifférent, n’hésitez pas à vous rendre aux prochaines projections de Fata Morgana, les 14 janvier et février prochain au Centre Pompidou.

 

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Réalisé en 1979 par Helma Sanders-Brahms, le film, Allemagne, mère blafarde, est ressorti mercredi 10 décembre sur les écrans. Il revient sur la période noire de l’Allemagne, autour de l’épopée d’une famille prise dans la tourmente de la guerre.

 

Une barque glisse sur l’eau, une femme s’accroupit sur la rive. « Je ne suis pas coupable de ce qui précéda ma naissance, » nous dit une voix. Une voix qui au nom d’une génération née pendant ou après la guerre refuse de porter le masque de la culpabilité. Nous sommes dans l’Allemagne de la fin des années trente. Une femme nous raconte l’ histoire de Hans et de Léne,  deux êtres qui se rencontrent dans un pays sur le point de déclarer la guerre. Ils ont à peine le temps de se marier, le conflit éclate, Hans pars pour la Pologne, Léne demeure seule, bientôt mère. Cette voix donc, c’est celle de l’enfant née de cet amour, celle d’ Anna qui a vu le jour sous les bombardements…

 

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