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Archive for février 2010

L’immensité lumineuse d’un champ de tournesol, têtes retournées sous un ciel voilé. Un premier tableau qui révèle la puissance sereine et déjà presque inquiétante de la nature. Brièveté de l’image avant le basculement, et la montée du bruit assourdissant de la guerre. La lumière se dérobe, nous sommes le 6 juin 1982, un jeune soldat israélien descend au fond d’un char, un mausolée d’acier, dans lequel l’eau croupissante se mêle à l’odeur âcre de la sueur et de la fumée.

Il y a plus de vingt cinq ans, le réalisateur Samuel Maoz a fait ce chemin là. Si le traumatisme demeure, les années écoulées ont permis au réalisateur de s’extraire pour une part de la culpabilité et de la douleur,  de transcender l’émotion pour l’analyse clinique des faits.

Huit-clos infernal

Ils sont quatre, ils ont vingt ans, ils ont pour mission de « nettoyer » une ville après le passage de l’aviation. Shmuel le tireur, Assi le commandant, Herzel le chargeur et Yigal le conducteur, otages de Tsahal, terrifiés à l’idée de perdre la vie, acculés à tuer pour ne pas mourir. Rétifs à l’autorité,  ces jeunes gens n’auront de cesse de rechigner à faire le sale boulot, cherchant ici et là, une échappatoire.  Et s’il y a bien une constante dans le fil de l’histoire, c’est bien le rapport toujours controversé à l’autorité. Pourquoi ma vie doit-elle dépendre des décisions d’un autre, qui n’est ni plus ni moins conscient ou lucide que moi, formulent-ils tour à tour.

Qui de l’homme ou de la machine est fait d’acier ?

« L’acier c’est l’homme, le char, juste de la ferraille » peut-on lire graver à l’intérieur du tank. L’homme plus fort de la machine, le postulat est osé, alors que le char ne cesse de se resserrer autour des soldats, jusqu’à l’étouffement.

Depuis le char pestilentiel, une seule vision, celle à laquelle on accède depuis le viseur ou le périscope. L’œil de l’homme se confond avec le viseur, ce point d’ancrage qui tend vers cette autre réalité, celle qui exprime le saccage et le désastre de la guerre. Animaux éventrés, ruines, vieillards stupéfaits, femme hurlant dans les décombres, la peur à chaque carrefour des assauts syriens, la peur de devoir tirer, la peur de voir encore.

Les tableaux de la honte et de la désolation se succèdent alors que les soldats semblent être arrivés à un point de non retour, dont personne ne semble à même de les sortir. Et puis viens l’égarement, la sensation d’être au pris au piège, certains cèdent à la panique, d’autres flirtent avec la folie, tentant pour certains de recouvrer un semblant de dignité au travers d’une toilette sommaire. La bande-son se fait assourdissante, et le film s’accélère.

Pour le spectateur, piégé devant les images de la douleur, des questions d’ordres éthiques ne tarderont pas à surgir. Etait-il nécessaire,  d’insister si longuement sur les paysages de la désolation au risque du voyeurisme, pourquoi montrer pendant plusieurs minutes une femme criant sa douleur ? Pourtant, à tout bien peser, on se dit qu’au-delà il y a bien quelque chose de nouveau dans le regard apporté, et qu’au-delà de la dénonciation de la cruauté et de l’absurdité de la guerre ou du rapport fragile à l’autorité, il y a surtout le constat toujours plus vrai de la fragilité et l’impuissance des hommes.

Sortie :   03/02/2010

Film israélien / Drame / 1h33min

Réalisation : Samuel Maoz

Avec : Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen, Michael Moshonov, Zohar Strauss, Dudu Tassa, Ashraf Barhom, Reymonde Amsellem

Emilie Breysse

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