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Archive for décembre 2008

En parallèle de la grande exposition qui se déroule aux Galeries nationales du Grand Palais jusqu’au 2 février 2009, le musée d’Orsay propose une exhibition de moindre envergure intitulée : « Picasso / Manet, Le déjeuner sur l’herbe »,  sur le thème des interprétations de la célèbre toile de Manet par Picasso. Pour ce faire, plus d’une quarantaine de tableaux, dessins, gravures et maquettes réalisés par Picasso entre 1954 et 1962 sont exposés. De son côté, le musée du Louvre accueillera au même moment « Picasso / Delacroix , les variations sur les Femmes d’Alger de Delacroix ».

En 1863, Edouard Manet, signe Le déjeuner sur l’herbe. le-dejeuner-sur-lherbe-edouard-manet-1863Cette peinture peut être interprétée comme une version moderne de la toile : Le concert champêtre (vers 1510) de Titien, une œuvre longtemps attribuée à son maître Giorgione, que Titien aurait terminé à la mort de ce dernier. Titien Le concert champêtreManet reprend le quatuor initial, dans lequel son modèle préféré, Victorine Meurent, pose pour la femme nue. L’homme sur la gauche étant probablement le beau-frère de Manet, Rodolphe Leenhoff, le second restant inconnu.

 

Lors d’une rétrospective de l’œuvre de Manet en 1932 au Musée de l’Orangerie, Picasso remarque le tableau et écris certainement, à ce moment là, au dos d’une enveloppe présentée dans le cadre de l’exposition : « Quand je vois le déjeuner sur l’herbe de Manet, je me dis des douleurs pour plus tard. » En 1954 Picasso, débute un long travail qui donnera le jour à plus d’une centaine de tableaux, de gravures et de dessins, qui sont autant de variations autour du chef d’œuvre de Manet.

L’exercice de lecture est donc clef dans cette exposition, et la question de l’ interprétation des histoires picturales que Picasso érige à partir de la toile de Manet, se pose avec une acuité croissante pour le visiteur.  Les tableaux de Picasso marquent des périodes, des moments, et apparaissent comme des séries de variations. A la mesure de ces déclinaisons, les rapports des personnages entre eux se transforment, certains prenant l’ascendant alors que d’autres disparaissent.

En 1867, Zola défend le tableau de Manet, décrié en soulignant: « Ce qu’il faut voir dans le tableau, ce n’est pas un déjeuner sur l’herbe, c’est le paysage entier, avec ses vigueurs et ses finesses, avec ses premiers plans si larges, si solides, et ses fonds d’une délicatesse si légère ; c’est cette chair ferme modelée à grands pans de lumière, ces étoffes souples et fortes, et surtout cette délicieuse silhouette de femme en chemise qui fait dans le fond, une adorable tache blanche au milieu des feuilles vertes, c’est enfin cet ensemble vaste, plein d’air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste ».

L’idée du plein air chère à Zola ne sied pas à Picasso. Les quatre personnages initiaux, Victorine, le causeur, l’homme, la baigneuse à la chemise, sont repris ;  mais pour ce dernier,  le déjeuner sur l’herbe est avant tout mise en scène. Pablo Picasso  Le Déjeuner sur l'herbe d'après Manet 1960Pour cette raison, sous son pinceau les personnages changent de place, de physionomie, de rôle aussi. Victorine, le nu de Manet, se métamorphose, tantôt grosse, tantôt maigre,  elle apparaît en juin 1961, sous les traits de  Jacqueline, la compagne de Picasso. Elle est nu, femme, allégorie de la peinture, œuvre en mutation, matière mouvante renaissant sans cesse au gré des humeurs du peintre. Elle se trouve dans la plupart des scènes en communication directe avec l’homme dit le causeur, une représentation possible du peintre, dont les attributs, la canne et le chapeau, à quelques exceptions prés,  le différencient dans chacune des toiles. Enfin alors que le deuxième personnage masculin, qui incarnerait pour certain le spectateur, prend une moindre place, jusqu’à disparaître totalement ;  la seconde baigneuse tend à se rapprocher des deux personnages de premier plan.

Picasso, poursuit la mise en abyme, allonge un des deux hommes en référence directe aux baigneurs de Cézanne.  Le Déjeuner sur l'herbe d'aprés Manet 1961

L’importance des concepts de variations et de correspondances est telle que l’on aurait peut-être souhaité que l’exposition mette davantage en perspective ces aspects là. On aurait en effet aimer, contempler : Le concert champêtre de Titien, ou encore : Le déjeuner sur l’herbe de Monet, réalisé en 1865, en réponse à l’œuvre de Manet.

Le Déjeuner sur l'herbe, Monet 1865Mais n’oublions pas,  il est vrai, qu’il était avant tout question de l’œuvre de Picasso…

 

 

 

 

Picasso / Manet : Le déjeuner sur l’herbe.

9,5 – 7€

Musée d’Orsay Mardi – Dimanche / 9.30 – 18.00 / 21.45 le jeudi

Le déjeuner sur l'herbe d'aprés Manet, Picasso

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Le Centre Pompidou propose jusqu’au 2 mars 2009, une rétrospective intégrale et inédite de l’œuvre cinématographique de Werner Herzog.

Dans le cadre de cet événement, les 55 films et documentaires réalisés par le cinéaste seront à l’affiche. Cette rétrospective représente une occasion unique de redécouvrir la modernité d’une œuvre sans limites, une expérience qui se situe au-delà des genres cinématographiques, un cinéma tourné vers la recherche d’une « vérité extatique », un univers fascinant, radical, passionnant.

 

Centre Pompidou Place Georges Pompidou
75004 Paris
Entrée 6€/4€

http://www.cnac-gp.fr/

 

Retrospective Herzog

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Ligne de faille relate l’existence de quatre membres d’une même famille, avec un même repère fixe, la sixième année de chacun d’eux. Six ans, c’est aussi l’âge auquel Nancy Huston doit se séparer de sa mère qui part  refaire sa vie loin d’elle et de ses frères et sœurs.  Dés lors, Ligne de faille est cassure, limite avant le basculement qui emporte chacun des personnages dans les tourments de l’histoire.

 

Le roman est une interrogation sur la filiation dans ses dimensions familiales, historiques, politiques, il porte sur ces résidents de l’Europe et des Etats-Unis, d’hier et d’aujourd’hui. Le récit revient sur ces visages pris dans les affres de la deuxième guerre mondiale, puis de la guerre du Liban, pour s’attacher enfin à décrire le rapport d’une famille américaine face au conflit qui oppose le gouvernement américain au régime irakien.

 

L’exercice permet à l’écrivain de se livrer à une série de commentaires sur les rapports et les conflits intergénérationnels. D’une critique de l’éducation et de la société américaine, hygiéniste et conformiste, Nancy Huston questionne le rapport quasi schizophrénique du peuple américain au racisme et la morale. Par le prisme du portrait sans concession qu’elle dresse de l’enfant roi, elle met en perspective le choc des images de guerre et des images sexuelles librement accessibles, presque offertes à l’enfance via l’Internet, alors que la morale prend une importance capitale dans l’éducation.

 

Les récits de l’enfance 

 

L’auteure opte pour une narration fortement empreinte de tonalité enfantine, dans laquelle la confidence se mêle à la confession. L’oeuvre est une magnifique réflexion sur l’enfance, ses peurs, ses craintes et ses espoirs, qui emporte le lecteur dans une douce poésie à la fois grave et sincère.

Nancy Huston nous parle des stigmates de l’enfance, de ces plaies qui  ne se referment jamais tout à fait , à l’image du grain de beauté, matière organique et héréditaire qui  marque le corps et l’esprit de l’adulte.

Relief de l’intime, le grain de beauté est un témoin, celui d’une condition, d’une histoire et de l’histoire avec un grand H. Dés lors, celui de Sol, que l’on veut ôter, s’infecte, comme s’il ne voulait pas quitter un territoire, la généalogie d’une histoire. Oublier son histoire c’est peut-être se condamner à la revivre. Dans Ligne de Faille, le corps et l’esprit remontent encore le fil de l’histoire, racontent la genèse de quelques vies, les aléas d’une civilisation. 

 

Nancy Huston, Ligne de faille, Actes Sud, 2006, 481.

 

 

 ligne-de-faille

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Au royaume de l’absurde les frères Coen sont rois, enfin tout du moins très bien placés sur l’échelle relativiste du dixième degrés.

Emporté par cette histoire, presque malgré nous, nous en venons logiquement à nous demander pourquoi ? Sur quoi repose ces ressorts là ? Comment font-ils pour qu’un nom-événement, voire même une succession de non-évènements puisse nous tenir en haleine pendant près d’une heure trente-cinq ?

En faisant un inventaire rapide, on relèvera, le casting impeccable, des personnages caricaturaux, pastiches comiques de leurs incarnations habituelles, notamment lorsque l’on pense à la figure crétine et affligeante de Brad Pitt (Chad), ou encore à la parure de serial lover que revêt Georges Clooney (Harry). On y verra aussi une jolie satyre de l’Amérique, toute classe sociale confondue, dignitaire de la CIA inclus.  Brad Pitt

Il y a bien sur des plans irréprochables, une énergie qui vous emporte dans un tourbillon de non sens, de quiproquos et d’inepties, mais la même question revient encore, pourquoi ce film qui aurait pu être un ratage total fonctionne si bien…

Et bien, peut-être parce que l’on prend plaisir à jouir de ce nihilisme assumé, que l’on rit de leur bêtise teintée d’arrivisme, (peut-être de la nôtre) que l’on dépose à l’entrée de la salle ses bons sentiments pour goûter et se repaître des joies de la médiocrité et de la suffisance. Dans un monde où tout n’est que faux-semblant, profit, et apparence, les sentiments sont toujours de mauvais sentiments, et que l’un d’entre eux se mettent à cultiver un brin de sincérité, nul doute qu’il finisse lui aussi en amuse-gueules pour vermines mises en appétit. Jogger invétéré qui se rachète une mauvaise conscience, paranoïaque alcoolique sur qui le destin semble s’acharner, fashion victime inconsciente, dame de fer impitoyable, et jusqu’aux russes mêmes… Le film est une longue et incroyable série de clichés et de névroses.At-the-movie-theatre

 

De la médiocrité avant toute chose

 

Il n’y a bien sûr aucune morale, aucune vérité, aucun remord, rien que sa petite personne à soigner, à redimensionner, à vendre ou monnayer. Troublant, troublant se dit-on. Et à regarder encore de plus prés ces personnages, on les trouve d’une incroyable naïveté, presque touchant dans leur manière simpliste, incapable de prendre ne serait-ce qu’une seconde un brin de hauteur. Justement, la hauteur ne pourra qu’être l’apanage de la caméra qui depuis un satellite  se rapproche lentement vers la terre, puis un pays, et enfin une ville avant que de s’échouer ras le sol, filmant les chaussures noires d’un employé de la CIA. Visiblement, il paraissait impossible de pouvoir tomber plus bas.

Les frères Cohen ont filmé le côté de plus terrien de l’humanité, puisque nous caressons ici toutes les aspérités de la petitesse humaine, surtout lorsqu’elle se prend aussi sérieux. Et dés lors, de ce point de vue là, l’on se dit qu’il serait bon en effet de reprendre un peu de hauteur, pour ne plus voir ces milliers de fourmis humaines s’ébrouer et se corrompre absurdement sur la terre, heureusement, c’est aussi le choix que fait la caméra, le dossier est classé.

 

Burn After Reading, film américain de Joel et Ethan Coen

Avec George Clooney, Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton, Brad Pitt.

 Affiche du film

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une Fata Morgana est un phénomène optique qui résulte de la présence à différents niveaux de l’atmosphère de couches d’air où se produisent des variations thermiques plus ou moins brutales entraînant la formation d’un mirage.

Le nom Fata Morgana (en  italien), vient de la Fée Morgane. Le phénomène fut rapporté la première fois, par des croisés qui, navigant sur la mer Méditerranée, affirmaient avoir aperçu de fantastiques châteaux se refléter dans la brume près du détroit de Messine, entre l’Italie et la Sicile. Ils attribuèrent ce phénomène à la Fée Morgane, fée qui selon la légende arthurienne, avait le pouvoir d’élever des palais au-dessus des flots et d’agir sur le vent.

Fata Morgana c’est aussi un film de Werner Herzog, un poème épique en trois parties dans lequel il développe une conception très personnelle, paradoxale, totalement imprévisible de la création, du paradis et de l’âge d’or. Hybride, proche de l’essai, le film parcourt l’Afrique, ses plaines, ses montagnes, ses lacs, ses dunes de sable, ses mirages, en nous narrant les mystères qui ont présidé à la création, et ce qu’il en est advenu depuis. Dunes

Comme souvent chez Herzog, le film demeure une expérience à part entière, une expérience auditive, visuelle, dont les ressorts et interrogations métaphysiques ponctuent les dialogues de l’image et du son.

Fata Morgana est un film dont la composition a aussi pour objectif de nous confronter à une forme d’extase esthétique.

A l’heure de la création, les textes illustrent les images par des récits mythologiques, ceux du déluge, ceux des espoirs et des visées des divinités ayant présidé à la création du monde.

A l’ère paradisiaque, l’homme se faisant fort de sa présence, les paysages changent, se durcissent, se matérialisent, le récit passe de la mythologie à l’ironie, on y fait l’expérience de la beauté, de la cruauté, du rire aussi. Le dernier volet est basculement, plongé dans l’absurde, dans le non-sens. Scènes baroques, personnages ridicules, déconstruction totale, inadéquation de l’image et du propos, laissent le spectateur désarmé et hilare. boy-and-animal

Herzog disait de Fata Morgana qu’il était « un documentaire tourné par les extraterrestres de la Nébuleuse d’Andromède, avant qu’ils ne l’abandonnent ». Expérimental et surréaliste, le ton du film, lui se situe toujours à la frontière de l’ironie et de l’absurde alors que la vision que projette Herzog, elle, demeure pessimiste.

L’essai est grave certes, mais aussi terriblement drôle, car l’auteur sait lier la profondeur du propos et l’humour du point de vue. Enfin, parce que l’expérience d’un film d’Herzog ne laisse jamais indifférent, n’hésitez pas à vous rendre aux prochaines projections de Fata Morgana, les 14 janvier et février prochain au Centre Pompidou.

 

affiche

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Les photographes d’aujourd’hui sont les héritiers d’une génération de photographes américains qui, dans les années 1970, ont bouleversé la pratique de la photographie. C’est le propos que défend le département des étampes de la BNF, et qui trouve son illustration dans l’exposition : Seventies. Le choc de la photographie américaine, mise en scène sur le site Richelieu. L’exposition rassemble plus de 320 clichés réalisés par plus d’une trentaine de photographes américains.

Héritiers des mouvements artistiques, qui à l’instar du New Bahaus, se développèrent dans l’entre deux guerres, ces photographes influencèrent durablement la manière de concevoir l’exercice photographique du point de vue de sa forme même.

Dans une Amérique, en pleine révolution culturelle, ils empruntèrent aux « snapshot » ( photographies prises sur le vif), leurs défauts et maladresses, pour réaliser des photographies techniquement maîtrisées. Le flou de bougé ou de mise au point, la mise en scène, la superposition ou encore l’ombre du photographe devinrent un nouvel espace d’exploration. Josephson KennethTirant parti de cette subversion initiale, ils furent les témoins des bouleversements d’une société, d’un certain regard qu’elle portait sur elle même.

Contemporain d’une époque où la photographie se démocratise,  celle-ci prend pour objet le trivial des scènes de rues, les instantanés de vies quotidiennes.

larry-clark-tulsaLa pratique se transforme dans la captation d’univers jusqu’ici peu exploré : les reliefs de la jeunesse auprès de laquelle le futur cinéaste Larry Clark fit ses premiers pas ou encore la forme de nudité frontale et dépouillée à laquelle se consacra Diane Arbus. Diane Arbus Family one evening at a nudist camp 1965

Elle autorise aussi un renouvellement des prises de vues des paysages urbains, notamment dans leur géométrie ou encore naturels dans le mouvement qui accompagne une nouvelle prise de conscience écologique.

 Hébergeant des travaux et des parcours singuliers et disparates, l’exposition est conçue comme un dialogue où se rencontrent des territoires d’expression, la mise en réseau d’une communauté de photographes qui ont chacun à leur manière investigué des possibles de la représentation picturale. Ralph Eugene Meatyard,Romance (N.) From Ambrose Bierce #3 from Portfolio 3, negative 19641974

Par le truchement d’une scénographie très épurée, sensée représenter l’urbanisme géométrique des villes américaines, ces travaux sont présentés par thématique. Si l’on pourrait reprocher à l’exposition une mise en scène très éloignée d’un quelconque renouvellement formel, on appréciera néanmoins la diversité de ces photographies, judicieusement choisies, qui permettent de mieux saisir les formes de notre héritage photographique.

Seventies. Le choc de la photographie américaine

 BNF, site Richelieu / Galerie de photographie

58, rue de Richelieu

75001 Paris

7€/5€

29 octobre 2008 – 25 janvier 2009 

 

 

affiche-exposition

 

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Réalisé en 1979 par Helma Sanders-Brahms, le film, Allemagne, mère blafarde, est ressorti mercredi 10 décembre sur les écrans. Il revient sur la période noire de l’Allemagne, autour de l’épopée d’une famille prise dans la tourmente de la guerre.

 

Une barque glisse sur l’eau, une femme s’accroupit sur la rive. « Je ne suis pas coupable de ce qui précéda ma naissance, » nous dit une voix. Une voix qui au nom d’une génération née pendant ou après la guerre refuse de porter le masque de la culpabilité. Nous sommes dans l’Allemagne de la fin des années trente. Une femme nous raconte l’ histoire de Hans et de Léne,  deux êtres qui se rencontrent dans un pays sur le point de déclarer la guerre. Ils ont à peine le temps de se marier, le conflit éclate, Hans pars pour la Pologne, Léne demeure seule, bientôt mère. Cette voix donc, c’est celle de l’enfant née de cet amour, celle d’ Anna qui a vu le jour sous les bombardements…

 

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affiche-du-film1

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