Carnets de culture, pourquoi ?

Une envie simple, celle de déposer le récit d’un voyage dans l’imaginaire contemporain. Un regard croisé sur des expériences humaines, des univers de pensées, des histoires, entre fiction et réalité.

Des carnets pour se souvenir, chercher, aimer et tenter de comprendre ce qui se dit et se voit du monde et des hommes. Un lieu pour échanger, parce que la culture est avant tout circulation des mots, des images, des idées.

Dès lors, n’hésitez pas à déposer  vos commentaires…

 

Unique Opéra de Debussy, Pélleas et Melisande est une transposition du mythe de Tristan et Yseult, un drame passionnel qui plonge les personnages dans les ténèbres de la culpabilité et de la jalousie.

Melisande et Golaud

En juin 2007, se jouait pour la première fois, à Moscou, le chef-d’œuvre de Debussy. A l’occasion de la création de ce spectacle Philippe Béziat a saisi l’opportunité que représentait la première collaboration entre Marc Minkowski et Olivier Py pour réaliser un film. Entre documentaire et explication de texte, ce film musical tente d’approcher le mystère de cette œuvre, en nous révélant comment chef d’orchestre, metteur en scène, chanteurs, techniciens ou figurants se trouvent confrontés à la fascination qu’exerce sur eux Pelléas et Mélisande.

 Pélleas et Melisande

L’œuvre de Debussy s’oppose à tous les poncifs les plus communément admis concernant l’opéra. Il n’y aura ni grands arias, ni démonstration de force, ni acte de bravoure, seulement une musique éminemment française et une langue a priori monotone, à tel point qu’un des chanteurs russe, aimerait redonner à l’ensemble l’émotion qu’il estime nécessaire pour conquérir le public. Dés lors, le rapport entre ces deux cultures là, devient un enjeu du film à part entière.

 

« Sur l’écran, le monde scintillant du théâtre devient une caverne allégorique du monde … » indique le réalisateur. L’Œuvre énigmatique et sensorielle, bénéficie d’une mise en scène à tout point de vue admirable qui met si finement en reliefs les grandes interrogations de la pièce, une trame qui pose les jalons d’une immense réflexion sur les paradoxes de l’âme et de la vie humaine. Parce que Pélleas et Melisande, est avant tout une œuvre ténébreuse, que le décor métallique ne fait que rehausser, une œuvre où l’on se trouve dans les dédales d’une forêt, où l’on s’évite pour ne pas s’aimer, où l’on se cherche en tournant autour de soi, de l’autre, de cette vie et de cet amour qui nous échappe déjà.

 

Et pourtant, curieusement, il reste toutefois difficile d’approcher du regard, au-delà  de l’écran, une telle œuvre, car de l’intérêt, il en sera certes question, mais au-delà, ni passion, ni réel transport. Est-ce lié à la nature même de l’opéra, une œuvre totale, qui demeurerait difficilement traduisible en version cinématographique ? Aux partis pris de la réalisation ? Au ton, au propos ? Difficile à trancher, pourtant force est de constater que même pour un amateur un peu éclairé, le sentiment et l’émotion tarderont à émerger tandis que le mystère, lui, restera entier.

 

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Pelléas et Mélisande (France – 2008) Durée : 1h48. Réalisation : Philippe Béziat. Image : Raphaël O’Byrne. Mise en scène et lumières : Olivier Py. Direction musicale : Marc Minkowski. Son : Laurent Gabiat. Montage : Cyril Leuthy. Montage son : Thomas Dappelo. Mixage : Emmanuel Croset. Directrice de production : Juliette Mallon. Producteur : Philippe Martin. Interprétation : Jean-Sébastien Bou (Pelléas), Sophie Marin-Degor (Mélisande), François Le Roux (Golaud), Dmitri Stepanovitch (Arkel), Natalia Vladimirskaia (Geneviève). Chœur et orchestre du Théâtre Musical Stanislavski et Némirovitch-Dantchenko. Sortie : 4 mars 2009.

 

 

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille jusqu’au 15 mars, l’exposition : Terre Natale, Ailleurs commence ici, un dialogue supposé entre Raymond Depardon et Paul Virilio. virilio-depardon

Récemment encensé pour le dernier opus d’un travail documentaire consacré aux paysans (Profils paysans), Raymond Depardon est un homme, photographe, journaliste et documentariste que l’on ne présente plus.

Paul Virilio, urbaniste et philosophe, est un homme traversé par les problématiques relatives aux migrations, aux trajectoires, par une certaine idée de la fin des espaces géographiques.

Les deux hommes étaient donc sensés se retrouver autour des questions suivantes : « Que reste-t-il du monde, de la terre natale, de l’histoire de la seule planète habitable aujourd’hui ?»

 

Pour étayer le propos, quatre dispositifs majeurs sont mis en scène dans le cadre de cette exposition.

Au rez-de-chaussée, deux écrans larges accueillent les images tournées et montées par Depardon. On y retrouvera le poésie, le sens aigu de la mise en scène du documentariste, la douceur et l’humanité que l’on perçoit à chacune de ses interventions. Images muettes ou accompagnés du verbe, elle mettent en avant, des concepts tels la distance, le rejet, la différence, la difficulté d’habiter le monde, la solitude, d’une part. De l’autre, vitesse, profusion métropolitaine, vie moderne et territoires urbains sont abordés. Femmes AmazonieAu sous-sol, accompagné d’un argumentaire sur la trajectoire, les migrations, la mort de la distance géographique, la refondation de la métropole autour de hub de communication, l’urbaniste – philosophe Virilio ouvre le pas à une infographie imposante sensée expliquer les grands bouleversements géopolitiques actuels.

Dans la même salle, des écrans Apple, malheureusement éteint lors de notre venue, devaient semble-t-il étayer le même propos…Infographie

 

Chiffres, images et sons à l’appui, le dispositif à l’infographie irréprochable, assène des chiffres et des concepts en chaîne, autour de cinq grandes thématiques.

Pêle-mêle, des numéros, des images, anxiogènes, sur les migrations, les flux humains et financiers, les tremblements de terre, le réchauffement climatique etc.  Si l’on peut être séduit par la mise en forme visuelle des éléments, réalisée par Diller Scofidio et Renfro,  le propos parait rapidement déconstruit, hasardeux et faussement dérangeant.

 

Si l’on comprend qu’il s’agisse une fois de plus de nous sensibiliser aux désastres qui secouent en permanence notre planète, le recours à un schéma narratif catastrophiste, montrant du doigt les inégalités, selon des procédés qui ne sont pas sans rappeler le sensationnel des scénarios hollywoodiens, laisse, lui, perplexe.

Emilie Breysse

 

Raymond Depardon – Paul Virilio

Terre Natale – Ailleurs commence ici

21 nov. 2008 – 15 mars 2009

Tarifs : 6,5€ / 4,5€

 

http://fondation.cartier.com/

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Réalisé par les photographes et réalisateurs américains Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley, Le Petit Fugitif (The Little Fugitive) raconte l’errance d’un enfant le long de la plage de Coney Island, un quartier situé au sud de New-York, dédié aux manèges et aux jeux. Récit de la découverte d’un monde à travers ses yeux, ce film, qui marqua un tournant décisif dans le cinéma américain de l’époque, dresse le portrait d’un petit garçon qui fait l’apprentissage de la réalité et de la solitude, avec une curiosité, une maturité et une légèreté déconcertante.

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New York, Brooklyn au début des années 50. Joey et Lennie sont deux frères livrés à eux-mêmes dans ce quartier populaire des Etats-Unis, loin des villas suburbaines de la bourgeoisie américaine. Leur père est absent, leur mère doit mener de front vie de famille et vie professionnelle. L’aîné, Lennie, n’a d’autres choix que de s’occuper de son cadet, le jeune Joey, âgé de 7 ans. Si le premier est un modèle pour son jeune frère, l’aîné supporte mal la présence constante du plus jeune à ses côtés. Pour tromper l’ennui, Lennie et ses copains élaborent une farce cruelle qui sera à l’origine de la fugue du “petit fugitif”…

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Roissy, aéroport Charles-De-Gaulle, Vincent et Gérard travaillent comme bagagistes, ils accumulent les petits larcins, en dérobant dans des valises quelques menus objets de valeur. Cette fois-ci, interrompant Vincent, plongé dans ses lectures psychanalytiques, Gérard détourne une valise diplomatique, dans laquelle se trouve un flacon de parfum contenant un liquide explosif : du nitrométhane. Gérard s’enflamme, projetant son ami dans une histoire où se mêlent espionnage et intrigue sentimentale…
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Filé par les services de la DST, incarné par Simon (Hippolyte Girardot), Vincent se voit proposer un pacte, collaborer avec les services secrets français et éviter la prison. Envoyé à Londres sur les traces de Syriens entraperçus dans les couloirs de Roissy, Vincent rencontre Palmer (Stephen Rea), un agent du M15. Sa mission est claire : découvrir ce qui se trame entre les Syriens et Peter Burton, un Anglais soupçonné de trafic avec ces derniers…

 

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Scénario et réalisation : Nicolas Saada Interprétation : Guillaume Canet, Géraldine Pailhas, Stephen Rea, Hippolyte Girardot, Archie Panjabi, Vincent Regan, Alexander Siddig Pays : France Genre : Espionnage, Romance Durée : 1h 39min Année de production : 2008 Distribution : Mars Distribution Date de sortie : 28 Janvier 2009

 

 

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Nom de code : Z32, le nom d’un soldat israélien, ex-membre d’une unité d’élite de l’armée israélienne. Z32 est un homme qui préfère taire son identité, un homme qui porte un masque au-delà duquel seuls les yeux et la bouche transparaissent. Avi Mograbi est un réalisateur israélien, bénévole de Shovrim Shtika, un groupe d’anciens soldats, il a entendu des dizaines de témoignages, parmi lesquels celui de Z32 dont il a décidé de faire un film…

 

Depuis une chambre, en Inde, Z32 est assis face à la caméra avec sa petite amie. Il parle de ce qu’il a fait, il s’adresse à son amie, il lui demande de raconter cette histoire, son histoire. Que dire ? Les mots ne viennent pas si facilement, le malaise est là, leurs doigts se tordent, les silences s’allongent, les questions se superposent…

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John Truby est un Script Doctor convoité par les plus grandes sociétés de production américaines, un consultant auquel on fait appel pour soigner des scénarios malades. Au cœur de l’activité scénaristique, expert de la structure du récit, son activité consiste à donner force et amplitude aux personnages, à créer des réseaux de relations intelligibles, à travailler les intrigues et les univers dans lesquels se meut un personnage. Il est à Paris du 4 au 6 février 2009, pour animer une Master Class de trois jours sur l’anatomie du scénario.

Vous avez fait des études de philosophie, de quelle manière cet apprentissage a-t-il influencé votre réflexion sur la structure du scénario ?

En effet, j’ai étudié la philosophie, et notamment Aristote, Nietzsche et l’existentialisme. Je m’intéressais à la manière dont on construit les histoires, et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de livre portant sur la conception du scénario….

 

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John Truby

John Truby est considéré comme l’une des figures les plus importantes du milieu scénaristique américain. Ayant travaillé  à ce jour sur plus de 1 000 films, sitcoms ou téléfilms, il est Script Doctor et Consultant pour les plus grands studios tels Disney Studios, Fox, HBO, Sony Pictures…

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Le scénariste revient à Paris du 4 au 6 février 2009 pour une
Master Class de trois jours, lors de laquelle il abordera les méthodes et les techniques de la dramaturgie à travers différents thèmes :
- Le mythe de la structure en trois actes
- Le développement moral et émotionnel du personnage
- L’importance des genres
- Le principe des dialogues symphoniques
- Le tissage de la scène
- Les clés de la série TV
- …
Ce séminaire de haut niveau (qui bénéficie d’une traduction simultanée professionnelle) s’adresse à toutes personnes en rapport de près et de loin avec l’écriture. Il se déroulera à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV), au Centre Universitaire Malesherbes, 108 bd Malesherbes à Paris.

 

Pour toutes informations concernant la Master Class : 

www.masterclass-truby.fr

  

Pour son premier long métrage, Home, Ursula Meier choisit de faire le portrait d’une famille iconoclaste dans un lieu plus qu’improbable, quasi surréaliste, depuis lequel elle nous décline les fantaisies et les partis pris de cinq personnages qui ont fait le choix de mener leur existence coûte que coûte au bord d’une autoroute …

Marthe et ses enfants Nous sommes au milieu de nulle part, le long d’une deux fois deux voies a priori désaffectée, dans une campagne délaissée et aride. Une famille a fait de cet espace son lieu de vie, allant jusqu’à transformer ce bout de bitume en aire de jeux où se disputent matchs de Hockey, longues séances de bronzage, parties de baignade sur le vif. Dans cette maison là, de l’humour, des rires, de la liberté, un sens des réalités toujours plus surprenant, une manière très personnelle et très troublante de vivre et de penser.

Marthe et Michel, couple attachant et atypique, ont trois enfants, des enfants aux caractères et aux motivations radicalement disctintes, fruit d’une éducation souple régit par l’amour, la compréhension et le respect des choix de chacun. HomeL’aînée Judith, figure du désœuvrement et de l’attente, passe ses journées en maillot de bain, allongée sur un transat fumant des cigarettes le casque audio branché sur les oreilles. A l’abri de l’émotion, elle semble attendre l’événement qui sera à même de la propulser hors de sa chaise longue. La cadette Marion, tête pensante de la famille, plongée dans une métaphysique lourde est un prototype de comportement obsessionnel. Julien, le dernier est un petit garçon intelligent, joueur, curieux.

Puis un jour, l’événement toujours redouté survient, après dix ans d’attente et à grand renfort de flashs spéciaux le tronçon E 57 ouvre pour la plus grande joie des automobilistes. La vie de la petite famille s’en trouve totalement bouleversée. Rapidement le flot de voiture s’intensifie, le bruit et l’énervement s’ensuivent. La famille résiste, car leur vie ne peut-être qu’au bord de ce champ et de cette autoroute, ils refusent de partir. Traverser l’autoroute à pied dès le matin, rapporter les courses le soir, dormir, rester chez soi, vivre tout simplement devient synonyme de lutte au quotidien. Traversée de l'autoroute

Névrose et enfermement

Asphyxiée par le CO², recluse, barricadée, la famille se replie sur cet espace qu’elle veut de plus en plus clos, à l’abri des regards et du monde, luttant pour préserver ce lieu de vie qui menace de totalement lui échapper. La famille organise sa liberté, comme dans un bastion, mais cette dernière à un coût, et la démence n’est plus très loin.

Drôle, hors norme, loufoque, le film de Meier parle de névrose, d’obsession, de la difficulté de rester ce que l’on a choisi d’être, de liberté aussi. L’asphyxie est un thème clef, que l’on retrouve de part et d’autre des mondes qui se dessinent. Dans une interview donnée à propos de son film Meier nous raconte la genèse de cette histoire : « en voiture, j’ai vu des maisons juste au bord de l’autoroute et je me suis dit qu’il serait intéressant d’inverser le regard. En fait, c’est un road movie à l’envers ».

Conçu comme une fable contemporaine, entre humour décalé et folie douce, Home est décidément un film surprenant et très personnel, qui mêle les genres, les tons, les points de vues ; et qui devient au-delà des apparences une véritable bouffée d’air frais au cinéma.

Home, un film de Ursula Meier, avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet. Genre : Drame – Durée : 1H37 mn Distributeur : Diaphana, Sortie en salles le 29 Octobre 2008, Année de production : 2007

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Voilà plus de trente ans que la chorégraphe Pina Bausch et sa compagnie, le Tanztheater de Wuppertal, jouent à guichets fermés, sa dernière création ne fera que confirmer la réputation que s’est construite Pina Bausch auprès du public, années après années.  

Pour son 27ème passage au théâtre de la ville, Pina Bausch, présente Sweet Mambo jusqu’au 30 janvier prochain. Erotisme, sensualité, humour et vitalité sont au programme de ce spectacle en deux parties. Sweet Mambo, se danse, se vit, se regarde avec passion autour d’une troupe resserrée de neufs interprètes dont six danseuses et trois danseurs dont les corps et les personnalités, se cherchent, s’approchent, se confrontent encore. Des femmes belles, longilignes, admirables, sylphides enivrantes, sirènes de la scène qui se débattent, s’éprouvent, s’adressent à nous aussi. Pina Bausch continue de fouiller les contours de la condition féminine. Mi mondaines, mi sauvages, ces danseuses comédiennes mènent la danse, autour de soliloques discontinus à la poursuite de leurs gestes, de leurs êtres peut-être. Face à elle, des personnages masculins, pas si effacés qui mènent à leur façon un jeu de séduction, distant mais convaincu.  Sweet Mambo

Le décor, épuré, construit autour de voiles blancs permet à la chorégraphe d’imaginer des situations esthétiquement captivantes, où les bras et les corps se mêlent aux voilages soufflés qui s’enroulent et se déroulent sur scène. Les rondes des robes des danseuses, divines elles aussi, nous emportent dans des variations colorés de mouvements satinés et électriques. Création 2008

 

Depuis la composition des morceaux intimistes de Portishead ou encore de Lisa Ekdahl, on retrouve les passions et les obsessions de Pina Bausch, les motifs, répétitifs, la vigueur des rapports humains, des relations hommes-femmes, la passion, le désir, mais aussi la cruauté et la solitude.

 

La vie c’est comme le vélo quand on ne roule pas on tombe, nous racontent les danseuses. Alors roulons nous se dit-on. Des roues, des tours, des hommes qui font tourner des femmes, des femmes qui font la roue de part et d’autre des villes du monde, des prêtresses qui s’agitent et se pavanent, des rapports de séduction encore et toujours…

Ne nous oubliez pas, nous disent tour à tour les danseurs, en nous déclinant leur identité, leur désir de danse et d’effervescence, c’est entendu, nous ne les oublierons pas, et nous nous retournerons depuis nos deux roues, en danseuses même, qui sais ?

 

 Mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch.

Danseurs : Regina Advento, Andrey Berezin, Daphnis Kokkinos, Nazareth Panadero, Helena Pikon, Julie Shanahan, Julie Anne Stanzak, Michael Strecker, Alda Vainieri.

Théâtre de la ville

Jusqu’au 30 janvier 2009

www.theatredelaville-paris.com/ 

 

 Pina Bausch

 

 

 

 

 

N.B : Avis au amateurs et autres passionnés de danse et des chorégraphies de Pina Bausch, toutes les représentations affichent complet… Pour les plus téméraires d’entres vous, des places sur e-bay ou encore le soir avant la représentation pourraient peut-être encore se monnayer…

 

Emilie Breysse

Picasso et les maîtres ou l’histoire de la peinture occidentale par le grand maître de l’art pictural du siècle dernier. Voilà ce que l’on peut découvrir le long de cette formidable exposition qu’abrite jusqu’au 2 février prochain les galeries nationales du Grand Palais. Une dizaine de salles exposant plus de 200 œuvres issues des collections les plus prestigieuses, françaises et étrangères, publiques et privées. Ces toiles présentées de manière très dense, par thématiques, suivent peu ou prou les périodes et les passions de Picasso.

De Cranach l’ancien aux impressionnistes, en passant par les grands peintres espagnols, El Greco, Goya, Velázquez, mais aussi Rembrandt, Cézanne, Courbet, Van Gogh, la liste est longue, l’exposition aussi.

« Je peins contre les tableaux qui comptent pour moi, mais aussi avec ce qui manque à ce musée là (le musée imaginaire). C’est tout aussi important, il faut faire ce qui n’est pas, ce qui n’a jamais été fait. ». Voilà le postulat de base de Picasso, c’est dit, c’est fait.

Parce qu’il ne sera pas question ici de passer au crible toute l’exposition qui lui est consacrée, je me contenterais d’attirer votre attention sur quelques tableaux, leur place dans la quête picturale de Picasso et leur dimension dans la biographie de ce dernier.

 

La période bleu, El Greco, l’enterrement de Casagemas.

 

« Si mes personnages de l’époque bleue s’étiraient, c’est probablement à l’influence du Gréco qu’ils le doivent », nous dit Picasso.

Pablo Picasso, L'enterrement de Casagemas, 1901L’enterrement de Casagemas est une interprétation libre de L’enterrement du comte d’Orgaz, un tableau exécuté par Le Gréco en 1586 pour la décoration de la chapelle funéraire de l’église Santo Tomé à Tolède, que Picasso découvrit au cours Le Greco, L’enterrement du comte d’Orgaz, 1586d’une visite scolaire. Peint en 1901, L’enterrement de Casagemas, est dédié, à son ami, Casagemas qui s’était suicidé dans son atelier parisien pour une femme, un modèle, Germaine Gargallo, dont il ne parvenait à se faire aimer. Il tentera d’assassiner cette dernière au Café de la Rotonde, en février 1901, puis retournera l’arme contre lui. Germaine esquivera la balle qui lui était destinée tandis que Carlos succombera. Picasso confiera plus tard au critique d’art Pierre Daix “C’est en pensant à Casagemas que je me mis à peindre en bleu”. A l’opposé de la représentation traditionnelle de l’élévation christique accompagnée d’anges, Carlos Casagemas est représenté en compagnie de deux femmes nues, d’une mère et de deux enfants jouant. Trois prostituées symbolisées par de longs bas colorés, semblent accompagner le mort en sa dernière demeure, l’érotisme et l’humour se substituent au tragique et à l’austérité. Au-delà, de la séparation entre monde terrestre et monde céleste, Picasso préfère la sensualité à la solennité.

 

Les Ménines d’après Velázquez.

 

Aucune œuvre n’aura semble-t-il autant occupé Picasso, que le tableau « Las Meninas », l’œuvre célèbre peinte en 1656 par l’Espagnol Diego Velázquez. Diego Velasquez, Las Meninas, vers 1656-1657

Picasso a plus de 75 ans, lorsqu’il entreprend, entre le 17 août et le 30 décembre 1957, une série de 58 peintures à l’huile de formats très divers se référant toutes au tableau  L’exposition permettra d’apprécier plusieurs dessins et toiles réalisés à ce propos par Picasso. Le tableau de Velázquez se consacre entièrement à décrire les relations sociales de la cour. Des clairs-obscurs harmonisés et des dégradés de couleurs tonales viennent étayer le sujet et le message. En cela, Velázquez se montre, comme le déclarera Picasso, lui-même, le «vrai peintre de la réalité». La réalité de la vie du peintre de cour qu’est Velázquez est formulée clairement. Celle-ci était régie par une hiérarchie rigoureuse, ce que la composition exprime: l’artiste est relégué sur les bords. Pendant son travail, ce dernier s’adresse aux personnes qui constituent le centre de la vie de cour, le roi et le reine. Cette réalité se manifeste peut-être le plus clairement dans la personne de l’infante qui, selon l’étiquette, vient immédiatement après le couple royal : elle aussi dirige son regard vers le roi et la reine qui se réfléchissent dans le miroir du fond.

 

Les Ménines d'après Vélasquez, Pablo Picasso (1957)Dans les variations réalisées par Picasso, deux opérations picturales éclairent la transformation qui a eu lieu. L’artiste a changé de format,  la personne et la position du Peintre dans le tableau s’en trouvent nettement revalorisées et la scène se présente d’une manière plus narrative. Si le peintre est encore placé sur la gauche, son chevalet et lui-même occupent désormais un bon tiers et presque toute la hauteur du tableau. Le chambellan à l’arrière-plan, les personnages d’Etat au second plan et le couple royal dans le miroir ont été peints à la hâte, selon le schéma d’une réduction infantile. Deux composantes majeures chez Velázquez, la couleur et la lumière, ont été totalement modifiées par Picasso, qui dépeint son modèle dans les déclinaisons du blanc et du gris. L’artiste est devenu maître de son monde, et de ce qu’il choisit de représenter.

 

D’autres variations, registre important de son œuvre, sont présentes au musée d’Orsay (Picasso / Manet, le déjeuner sur l’herbe) et au Louvre, selon une formule de moindre envergure (Picasso / Delacroix, Les femmes d’Alger). 

 

Le nu bien sûr …

 

« Je ne veux dire le nu. Pas faire le nu comme un nu. Je veux seulement dire seins, dire pied, dire main, ventre… Il faut trouver un moyen de faire le nu comme il est. » , nous dit Picasso, dans des propos rapportés par Hélène Parmelin.

Francisco de Goya, Maya Desnuda, 1787-1800 y Pablo Picasso, Nu couché jouant avec un chat, 1664L’exposition, présente deux nus parmi les plus fameux et les plus décriés de l’histoire de la peinture, Maya Desnuda de Francisco de Goya, peinte en 1797  et l’Olympia de Manet. Réalisé en 1863. Edouard Manet, L'Olympia, 1863

L’exposition présente deux répliques à ces tableaux, il s’agit notamment de Nu couché sur le dos, peint en 1969, et Nu couché jouant avec un chat, peint 1964. Réalisé après la suite des déjeuners sur l’herbe, le nu couché jouant avec un chat, n’est pas à proprement parlé une variation. Picasso fait siens les éléments de la toile de Manet, la servante noire et le chat,  pour les introduire dans son tableau, selon une tonalité anecdotique, qui s’oppose à la gravité quasi solennelle dont témoigne l’Olympia de Manet.

 

 Pour ce qui est des commentaires, l’audio guide pourra pallier à l’ insuffisance des explications écrites, essaimées avec parcimonie et l’absence de guide papier à l’entrée. Enfin, pour pouvoir apprécier pleinement l’exposition, il faut compter deux heures, et de la patience à l’entrée des Galeries du Grand Palais, car la fréquentation est à l’image de l’exposition très dense.

 

Picasso et les maîtres,

Galeries du Grand Palais

Tous les jours sauf le mardi

12€ / 8€

http://www.grandpalais.fr

Pablo Picasso, Yo Picasso, 1901.

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